LA TECHNIQUE DU TAO – Texte 18

Depuis des millénaires, la Tradition du Tao conserve ce qu’il a été convenu d’appeler le « Dit des Anciens ».
Il s’agit d’une très ancienne cosmologie, ou, plus exactement, de son résumé. C’est, si l’on veut, la théorie sur laquelle s’appuient les plus extraordinaires (certains diront : les plus extravagantes) ambitions des hommes du Tao.

Nous ne savons pas exactement qui étaient les Anciens que d’autres appellent « les Géants ». Nous sommes simplement sûrs du fait qu’ils n’appartenaient pas à notre espèce humaine. D’où venaient-ils ? La tradition suggère que leur lieu d’origine était, non pas une autre planète mais un autre univers, obéissant à des lois différentes, sur certains points, de celles que nous connaissons.

Ce que vous allez lire ne s’écarte guère de ce qu’affirment d’autres traditions. L’originalité du « Dit des Anciens » tient à un seul détail : son rédacteur a essayé, dans la mesure de ses moyens, de lui conserver une signification, un caractère, en quelque sorte laïque. Aucun dieu, aucun héros divinisé n’apparaissent dans cet exposé. Aucune poésie non plus. Enfin, direz-vous sans doute, aucune clarté. Visiblement, le ou les rédacteurs de ce texte n’a, ou n’ont qu’imparfaitement compris ce qui fut relaté devant lui ou devant eux. Ce n’était pas, ce ne pouvait être, des scientifiques. Mais il y eut indéniablement bonne volonté d’hommes qui tentèrent de communiquer un message à des générations ultérieures qu’ils espéraient mieux préparées qu’eux-mêmes à le comprendre. De plus, ces anonymes s’attachèrent tout spécialement à tirer de l’enseignement reçu toutes les applications pratiques qui pouvaient en être tirées.

« L’Univers (disaient les Anciens) est une figue géométrique d’inimaginable complexité. En fait, on doit dire « les Univers » car celui que vous connaissez n’est que l’expression, sur quatre dimensions, d’une des faces multiples et entre-mêlées du Grand Tout ou Tao. Bien que la formule soit impropre, vous pouvez considérer votre Univers comme un Plan de ce Grand Tout.

« Chaque Plan, chaque Univers, est fait de « points » dont chacun représente un être. Il faut entendre par « être » non point seulement ce que l’on nomme les créatures et les objets inanimés, mais tout ce qui est. Un événement, réalisé par la conjonction de plusieurs « passés » qui fusionnent et culmine en un « présent » est un « être ». Chaque être est un « point ». On pourrait dire que tout point n’a aucune existence par lui-même car il est fait du croisement de lignes de force qui vont d’un Univers à l’autre. Chaque ligne n’apparaît qu’une fois dans chaque Univers. Par conséquent, chaque point est forcément unique dans chaque Univers. Toutefois, tout univers, bien que non-limité, n’est pas infini. Dans ces conditions, tous les croisements de lignes possibles ne peuvent se produire dans tous les univers. Par conséquent, chaque point, chaque être, aura son homologue dans un nombre incalculable d’univers mais non dans tous. Il est évident qu’en dépit de la similitude réelle, foncière, de ces « êtres- points », leurs apparences, leur comportement, subiront des influences modificatrices dues au milieu.
Prenons par exemple un point A de votre univers. Certaines des lignes qui le forment et qui formeront dans un autre univers un point A1, contribuent à former, dans cet univers-ci, d’autres points B, C et D. Dans le second univers, elles peuvent ne plus se rencontrer en B1, C1 et D1 – ces points n’existant pas dans ce deuxième univers. Elles peuvent, par contre contribuer à former des points X, Y, Z qui n’existaient pas dans le premier univers – le vôtre. Par suite de ce changement « d’apparentement » A1, quoique intrinsèquement semblable à A, présentera des différences d’apparence et de comportement. A pourra être un homme dans un monde humain et A1 une créature très différente dans un monde peuplé de ces créatures…

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Note : nous ne prétendons pas que tout cela soit très clair et l’on nous reprochera peut-être de ne pas avoir tenté de clarifier en donnant, par exemple, aux « lignes » dont il est question, un nom parlant aux hommes de notre siècle. Ou encore de ne pas avoir employé le vocabulaire occultiste qui aurait eu le mérite de rendre cet exposé plus compréhensible. Plus compréhensible, est-ce sûr ? Désigner par des mots n’est pas connaître. Nous vous demandons instamment, au contraire, de continuer cette lecture pénible en faisant l’effort de ne pas transposer en termes ésotériques familiers les expressions rencontrées. Laissez de côté le Manas, la Buddhi et l’Atma. Laissez-les, bien que la Tradition du Tao, se référant aux « Anciens », affirme que chaque « être-point possédant un ego (jen), est formé par le croisement de sept lignes »… qu’il serait séduisant de rapprocher des sept parties formant le « corps humain » de certains occultismes.
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…Du fait des croisements des lignes, de leur heurt si l’on veut (continuaient les Anciens) une certaine énergie se manifeste, dont une partie se dégrade en ce que vous appelez « matière ». Cette matière conserve un certain temps une petite dose de l’énergie produite et la connaissance incomplète des résultats du heurt. Connaissance locale et très limitée, bien entendu. Chez un point de rencontre de lignes que nous appelons « homme », cette connaissance rivée, fixée en un lieu précis et intangible à l’échelle cosmique, de l’espace et du temps, est nommée « conscience ». En fait, l’homme n’est qu’un « accident » de l’Etre véritable. Celui-ci n’est pas, comme on pourrait le croire, l’ensemble des lignes destinées à se rencontrer mainte et mainte fois de par les univers en des points dont l’apparence et le comportement sont plus ou moins semblables. Le Grand être est, en réalité, l’élément d’information qui circule sur l’ensemble des lignes et donne, lorsque celles ci se regroupent en un point, les caractéristiques propres à ce point. Cet élément d’information constitue le « je » véritable du pseudo-être qu’est le point. Nous l’appelons « Grand Etre ».

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Note : Nous avons souligné les mots « éléments d’information » car il est dit par la Tradition que les Anciens insistaient sur l’importance de ce terme. Ils insistaient aussi sur le fait qu’aucune différence essentielle n’existe au niveau d’un univers, entre un point-être et un point-événement : tous deux sont, pour « l’être-point » qui les contemple, la résultante de la fusion de plusieurs passés convergeant les uns vers les autres pour produire un présent. Contemplés par un « Grand Etre », ils sont la résultante de plusieurs passés et de plusieurs futurs convergeant en un présent, l’élément spatial étant étroitement « imbriqué » à l’élément temporel. Enfin, les Anciens insistaient sur le fait qu’un Grand-Etre est au Grand Tout (Tao) ce que l’être-point est au Grand-Etre. Il semblerait aussi (mais à ce sujet la Tradition ne fait que suggérer) qu’un rapport semblable entre les événement-être-point et les événements-Grand-Etre expliquerait la nécessité de ce que nous nommons entropie. La compréhension rationnelle de ce dernier détail étant probablement interdite par le niveau scientifique des hommes de l’époque, il semble que les Anciens ne firent qu’effleurer le sujet.
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…L’être-point, (continuaient les Anciens) bien qu’intangible dans l’espace-temps dans lequel est contenu sa vie, peut être dit « fini et limité ». Le Tao lui, est infini et illimité. A mi-chemin, le Grand-Etre est à la fois fini en tant qu’Etre et illimité car les faisceaux informatifs qui le composent s’étendent dans toutes les directions de l’espace-temps. Ce qui ne signifie pas, d’ailleurs, qu’il soit présent en tant qu’être-point dans tous les univers puisque certaines de ses lignes ne traversent pas certains univers.

Pour faire comprendre les raisons du destin de l’être-point (de l’homme, par exemple) tel qu’il se présente, il nous faut faire une comparaison, très mauvaise, très fausse, mais sans laquelle vous ne comprendriez absolument pas. Nous comparerons le Tao à votre corps.

Comme il est dans le corps humain une zone privilégiée où s’élabore l’essentiel de la pensée, il existe dans le Tao considéré comme le Cosmos total, ensemble des Univers, un lieu privilégié où les Grands Etres dépassant et délaissant leur « nature » de Grands Etres, « connaissent » le Tao. La comparaison, évidemment, ne vaut pas grand chose: le « lieu » dont nous parlons est situé en dehors de tout contexte spatial et temporel. Quant à la connaissance du Tao à laquelle accèdent les Grands Etres, elle ne peut que très grossièrement être comparée à la notion de conscience qui apparaît chez l’homme lorsque le témoignage de ses sens le renseigne sur lui-même.

Au fur et à mesure que l’on « s’éloigne » de ce lieu privilégié, tout se passe comme si l’on gagnait une zone de plus en plus « inerte », « inconsciente », du corps humain. Les manifestations de l’existence des Grands-Etres que sont les êtres-points, sont de moins en moins conscientes de leur nature réelle. Le peu de conscience qu’ils gardent leur permet surtout de souffrir. Ainsi en est-il dans beaucoup d’univers et cet univers-ci est un des plus éloignés de la « zone » privilégiée du Tao. Mais non le plus: les univers sont innombrables.

La mission essentielle de chaque être-point est de « connaître » le Grand Etre dont il est l’expression très momentanée. Pour cela, il lui faut se désidentifier, comprendre qu’il est autre chose qu’un point. Nous vous montrerons des techniques qui permettent d’obtenir ce résultat. La sérénité est ainsi obtenue lorsque l’être-point sait qu’il est tout autre chose que l’ensemble pensée-matière qu’il considérait auparavant comme lui-même. Mais ce résultat est insuffisant.

NOUS VOUS MONTRERONS DES « SIGNES » QUI FONT ECLATER LES POINTS.
Certains de ces signes peuvent être faits par un seul être-point qui a obtenu la désidentification : ils lui permettront de « voir » certains des aspects d’autres univers par l’intermédiaire des sens d’une créature qui est une autre expression de lui-même en tant que Grand-Etre. Ces signes, vous pourrez les apprendre et les faire exécuter aux être-points qui ne sont pas encore conscients de leur qualité de Grand Etre : leur exécution n’entraîne aucun risque, au contraire. Peut-être leur adviendra-t-il de percevoir certaines choses que leur impréparation ne leur permettra pas de comprendre: mais si, chez eux, le point ne peut pas « éclater », il tendra à se dilater et ils diront que leur vie devient meilleure…

D’autres signes doivent être faits par tout un groupe d’êtres-points appartenant à la même espèce et possédant, par conséquent, un grand nombre de lignes de force en commun. Ces signes ne peuvent être révélés à tous les êtres-points, même avancés dans la connaissance de leur nature réelle de Grand Etre. Car leur exécution entraîne la disparition totale du point. Autrement dit, la mort de l’être. Ils ne peuvent donc être exécutés qu’au moment où, la mort d’un être point qui a obtenu la désidentification étant proche, cet être point, A SON CHOIX, décide de retrouver sa seule nature de Grand-Etre ou, au contraire, de mieux accomplir sa destinée d’être-point dans un Univers identique à celui qu’il quitte
mais décalé, dans le temps, vers le passé.

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Note : La Tradition du Tao affirme que cette deuxième catégorie correspond à ceux que les Bouddhistes appellent : Buddhisatva. Vu sous cet angle, le « nirvana » devient un « lieu » et non plus seulement un « état d’esprit ».
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Contrairement aux signes individuels qui permettent d’obtenir la simple connaissance de détails d’un autre univers et qui s’exécutent grâce à la concentration mentale jointe à certains gestes faits avec les mains ou tout autre organe préhensible selon la constitution de l’espèce, les signes effectués par un groupe et qui permettent à un être-point de retrouver sa nature de Grand-Etre ou de mieux accomplir sa destinée dans un univers identique exigent l’utilisation de la totalité des ressources de concentration mentale du groupe et l’exécution de certains gestes exigeant la mise en mouvement de la totalité du corps de tous les membres du groupe.

Enfin, il est possible à une espèce entière d’être-points possédant un ego, de se désidentifier de ce qu’elle « est » dans un univers donné et de passer « en bloc » dans un autre apparemment semblable mais un peu plus « jeune ». C’est ce que notre espèce a fait. Il ne s’est rien passé de spectaculaire : simplement, nous nous sommes tous retrouvés bien des années « en arrière ». Et ceci fait, nous avons oeuvré en connaissance de cause.

Ce fut à peu près en ces termes que Maître Wou résuma, pour son élève européen, la cosmologie du Tao. Lorsqu’il eut achevé son exposé, il demanda :
– Vos impressions ?
– Sont celles d’un tchaniste. Lorsqu’un néophyte postule son admission à Kliang-Si, vous récusez sa candidature s’il fait preuve d’une confiance aveugle dans votre enseignement. Ma réponse à ce que je viens d’entendre sera tout d’abord : n’importe qui peut dire n’importe quoi !
– Excellent ! et ensuite ?
– Ensuite, accordant ma confiance sous réserve d’inventaire, je dirai : il est évident que, de toute façon, votre exposé ne peut être l’expression d’une vérité ultime. Le sujet traité est tel qu’aucun concept humain ne peut réellement l’évoquer. Déjà, dans la vie courante, le mot n’est pas vraiment la chose qu’il prétend représenter. A bien plus forte raison lorsqu’il s’agit, comme présentement, de l’indéfinissable… par définition. Je ne demanderai donc pas : tout cela est-il vrai ? mais : est-ce que cela fonctionne ?
– Très bonne question. La réponse est : oui, jusqu’à un certain point, nous avons la preuve que « cela fonctionne ». Au delà, nous n’en savons rien.
– Je vous demanderai tout à l’heure ce que sont ces preuves. Mais auparavant, j’aimerais vous faire remarquer que, dans votre exposé, il y a des contradictions au moins formelles…
– N’importe qui peut les voir et certains ont proposé de les supprimer. Non pas, tout de même, en modifiant le texte original, mais en omettant volontairement de citer certains passages non essentiels. La majorité s’y est opposée : nous ne savons pas quels passages sont ou non essentiels. Peut-être en est-il du « Dit des Anciens » comme de certains corps métalliques que manipulent les alchimistes : diverses impuretés étaient nécessaires à la réussite des expériences.
– J’admets. Et j’en viens aux preuves. Quelles sont-elles ?
– La désidentification est un fait. Avec elle, l’éveil commence. L’homme éveillé prend très vite conscience que son temps personnel est inaltérable, qu’il est, en quelque sorte, intégré à ce point qu’est l’homme. Puis le « je » désidentifé du corps/psychisme entre en contact avec d’autres univers, par l’intermédiaire des « points » qui sont « lui » dans ces autres univers.
– La désidentification suffit ?
– Elle doit être devenue totale, permanente. Mais cela ne suffit pas. Pour que, chez l’homme, le « Grand Etre » puisse se manifester hors du champ d’action de « l’être-point », il faut, d’une part que le « je » ne se confonde plus avec le corsp/psychisme; d’autre part que ce corps/psychisme ne risque pas d’apporter le trouble par une activité impropre à la réussite de l’expérience.
– Pendant le sommeil alors ? Non ! c’est impossible: le « je » ne peut surveiller le corps/psychisme pendant le sommeil du corps…
– Sur ce point, vous vous trompez : dans assez peu de temps, vous vous apercevrez du fait que vous contrôlez vos rêves. Mais ce n’est pas pendant le sommeil que l’expérience à lieu. Les conditions nécessaires sont les suivantes : sensation très nette et permanente d’être autre chose qu’un corps/psychisme – concentration totale du psychisme sur certains gestes effectués par le corps.
– Quels sont ces gestes ?
– Les Sceaux.
– Les Sceaux ! ces mouvements baroques que vous faites exécuter à tout votre monde, adeptes ou profanes ?
– C’est cela, très importants, les Sceaux. Je précise : quatre d’entre eux. Les autres ont été inventés – et sont utilisés par les devins – qui ignorent leur origine…
– Les Sceaux sont…
– …les Signes enseignés par les Anciens.
– Et ils permettent?
– Utilisés comme je viens de vous dire, ils permettent à l’individu désidentifié, éveillé, de prendre contact avec d’autres univers et de constater – à la longue ou brutalement, selon le cas – qu’il est un « Grand-être ». Quant à l’individu non éveillé, dans la plupart des cas, il tire profit de cette pratique sur de nombreux plans (même matériel) car les lignes dont parlent les Anciens sont à l’origine du « point » et de TOUTES ses activités – ou de ce qu’il appelle ainsi.
– Et le passage dans un autre univers ?
– Certains, comme moi, estiment que la vie telle qu’elle est dans un seul univers suffit. D’autres non. Il s’agit en somme de l’option bouddhique : nirvana ou « carrière » de buddhisatva. En ce secteur du temps, le choix est permis : l’individu est seul engagé et non l’espèce entière.
– J’aimerais quelques précisions sur cette histoire de passage.
– D’après les Anciens, il existe une infinité d’univers. Une infinité. Donc, tout ce qui est possible existe. Nous ne pouvons pas entrer dans le détail mais, étant admis ceci, des univers rigoureusement semblables, dans les moindres détails, doivent co-exister. Prenons notre univers. Selon les Anciens, il existe une infinité de doubles de cet univers, une infinité de répliques exactes, spatialement et temporellement. Si, d’aventure, vous et moi surgissions dans un univers de ce genre, il ne se passerait rigoureusement rien : nous ne saurions pas que nous avons changé d’univers car tout serait semblable au plus infime détail près…
– Une seconde: il y aurait tout de même un changement: vous et moi serions « en plus » dans cet univers.
– Vous et moi sommes, pour les Anciens, des faisceaux d’information transportant en eux la notion de vie, d’être. Si les univers sont rigoureusement semblables, ces faisceaux ne transmettent aucun fait nouveau : il n’y a donc aucun changement. Mais, dans l’infinité des univers, il en est d’autres qui, tout en étant rigoureusement semblables au nôtre sont légèrement – ou fortement – décalés par rapport à lui dans ce que nous appelons le Temps. Décalés en avant ou en arrière. Les premiers sont, si l’on veut, dans notre futur. Cent ans, un milliard d’années, ou dix secondes dans notre futur. Ce qui est pour nous le présent est pour eux le passé. D’autres, en revanche, représentent au contraire le passé. Ils sont selon les critères de cet univers-ci, plus jeunes de cent millions d’années, de vingt ans ou de cinq minutes.Prenons un univers plus « jeune » de dix ans. Si nous y pénétrions sous notre « forme » de faisceaux informatifs, nous nous retrouverions dans la position spatio-temporelle qui était la notre voici dix ans. Nous pourrions recommencer notre vie à cette époque de notre « devenir » et éviter, en bonne partie, les erreurs commises : du moins celles dont nous connaissons les causes…
– Vous y croyez, vous, à la possibilité d’éviter les erreurs commises, si ce n’est en les remplaçant par d’autres ?
– Ceci est une autre histoire et vous connaissez mon choix personnel. Mais qui vous dit que toutes les erreurs ne doivent pas être commises au moins une fois ? D’après la Tradition, notre univers se trouve parmi les plus « éloignés » du lieu privilégié du Tao dont parlaient les Anciens. On y souffre beaucoup plus que dans la majorité des univers. Il existe, chez nous, des « être-points » dont la destinée est, si visiblement, vouée au malheur, que les hommes en ont été surpris et scandalisés. D’où la notion de « péché originel », de karma « à payer », qui fournissent une réponse à cette question angoissante : pourquoi les innocents souffrent-ils ? D’après les Anciens, ces malheurs qui frappent l’être-point n’ont qu’une importance très, très relative. (Ce qui ne signifie pas, bien entendu, que l’on doive faire souffrir. Ce serait idiot car le fait de faire souffrir autrui renforce l’ego alors que le fait de l’aider l’amenuise et lui fait perdre sa consistance). Il n’empêche que, pour les Anciens, les ennuis d’un point situé à l’intersection de lignes, n’ont d’importance que pour ce point. Le détachement à l’égard de tous et de tout préconisé par certaines écoles (dans les limites que je viens d’indiquer) est donc admissible. Mais il semble d’autre part que toute activité qui permet, serait-ce en multipliant les expériences « puncturales », de connaître la vraie nature du « Grand-Etre » est recommandable. Nous ne pouvons pas dire : tout doit être ainsi ou autrement. Nous pouvons simplement, nous, hommes du Tao, accepter ou refuser l’exemple de nos maîtres, de nos instructeurs, des Anciens. Et ceux-ci étaient venus « en bloc » – l’espèce entière – de leur univers dans le nôtre. Et nous savons aussi que l’Univers qu’ils avaient quitté était assez différent du nôtre. S’ils avaient accepté de faire ce bond fantastique c’était, vraisemblablement, afin de modifier quelque chose qui ne pouvait être que le « devenir » de leur espèce. Dans un cas semblable, où les hommes n’ont pas d’expérience personnelle, ils doivent, faute de mieux, faire confiance à qui possède cette expérience et admettre que l’action personnellement désintéressée mais orientée vers le mieux du plus grand nombre est licite. Et rassurez-vous, les Anciens ne furent pas, dans notre monde, des conquérants assoiffés de puissance. Au contraire. – Dites donc ! Faire passer toute une espèce intelligente d’un univers à l’autre ! Même Wells n’avait pas imaginé quelque chose de semblable ! Et comment ont-ils fait ?
– Ils nous ont laissé des explications, des indications. Nous ne les comprenons pas. Ils le savaient, du reste et ont dit aux hommes : lorsque les Temps seront venus, vos descendants comprendront. Ces indications consistent essentiellement en symboles mathématiques.
– Qu’est-ce qui indiquera que « les Temps sont venus ?
– Je vous l’ai dit : le fait que les hommes seront devenus aptes à quitter leur planète, à se déplacer dans leur univers spatial.
– Pourquoi ?
– Si une espèce intelligente est appelée à gagner un ou des univers semblables au sien mais en retrait dans ce que nous appelons le Temps (c’est-à-dire, en pratique, à pouvoir effacer son passé et le reprendre sur de nouvelles bases) c’est qu’elle a (de l’avis des Anciens) une mission à remplir. Cette mission, il est bon qu’elle puisse l’accomplir non seulement dans le temps (en changeant d’univers) mais aussi dans l’espace, en se déplaçant de monde à monde dans un univers quel qu’il soit. Ainsi avaient fait les Anciens.
– Je ne vois toujours pas la nécessité du déplacement interplanétaire préalable.
– C’est pourtant simple. Imaginez que l’inventeur de la locomotive à vapeur soit le fils d’un entrepreneur de transports par diligence du début du siècle dernier. Héritant, à 20 ans, de l’affaire paternelle, il se ruine en quelques années par incompétence. Supposons-lui des talents d’ingénieur : ayant pris les voitures à chevaux en horreur (elles l’ont ruiné) il invente à 40 ans la locomotive à vapeur. Bien. Mais supposez que, peu de temps avant que son idée inventive ne lui vienne, quelqu’un lui donne le moyen de se retrouver à l’âge de vingt ans. Que croyez-vous qu’il se passera ? Notre homme, dûment prévenu, fera des erreurs, certes, mais non celles qui l’avaient ruiné une première fois. En conséquence, il réussira financièrement dans le transport par voitures à chevaux et, s’il invente quelque chose un jour, ce sera un perfectionnement de la diligence.
– Mais quelqu’un d’autre inventera la locomotive !
– Exact. Mais pourquoi ?
– Parce que, comme l’on dit, l’idée sera dans l’air. Parce que cette invention répondra à une nécessité de l’époque qui la verra naître.
– Je ne vous le fais pas dire : parce que cette invention répondra à une nécessité. Mais réfléchissez un peu à ceci : croyez-vous que si les hommes pouvaient, quasiment à volonté, se déplacer dans le temps, ils éprouveraient autant qu’ils le font la nécessité de se déplacer dans l’espace ? Prenons un autre exemple : un homme qui, tous les ans, effectue 1000 kilomètres pour rendre visite à son frère. S’il savait qu’un jour tous deux pourront, s’ils le désirent, se retrouver dans le temps, à l’époque de leur enfance, croyez-vous qu’il ferait avec autant de constance ce voyage annuel ? Non, il lui arriverait de consacrer le temps du voyage à ses affaires ou à ses plaisirs. Et il s’inquiéterait beaucoup moins des moyens de locomotion. Croyez-vous que l’humanité, prise dans son ensemble, soit très différente de cet homme ?
– Tout de même, il existe des chercheurs désintéressés qui s’occupent d’expériences n’ayant aucune valeur pratique immédiate !
– C’est vrai, il arrive que la technique découle de la recherche fondamentale. Mais, justement, les hommes dont vous parlez se consacreraient eux aussi à la lutte contre cet ennemi autrement fascinant que l’espace : le temps. Seuls, quelques « bricoleurs » continueraient à s’intéresser aux déplacements spatiaux. Ai-je besoin de vous faire remarquer qu’avec les moyens financiers réduits qui sont le lot des isolés, leurs recherches auraient peu de chance d’aboutir ?
– Admettons. Mais je reviens à un sujet d’intérêt plus immédiat. Si j’ai bien compris, le début de tout est l’éveil obtenu par la pratique du dzog-tchen. Il est possible, n’est-ce pas, d’accéder à un état spécial comparable à cet éveil par d’autres procédés ?
– Bien entendu. Nous en utilisons du reste certains autres. Mais la forme du dzog-tchen que vous connaissez est celle qui s’adapte le mieux aux mentalités chinoise et occidentale, lesquelles, sur un certain plan (celui du goût pour la vie active) sont très proches l’une de l’autre. Mais il est possible aussi d’accéder à l’éveil par la seule pratique de la télépathie. Ou encore, comme font certains yogins, de se retirer dans la solitude et de pratiquer certaines formes de méditation et de concentration. La différence essentielle entre les yogins et nous est que nous avons l’intention d’atteindre un but nettement défini, et non, comme eux, l’ineffable.
– En termes clairs : à présent que dois-je faire ?
– Ce que nous faisons tous. Ce que j’ai fait moi-même en atteignant le stade où vous êtes. Je crois que la meilleure manière de vous faire comprendre ce que doit être votre Voie est de vous conter – très brièvement, rassurez-vous – ce que fut ma vie.

Comme vous le savez, je suis né à Canton, fils d’une famille vouée, depuis des générations, au commerce de la soie. Mon père était, du fait de son milieu, un traditionaliste convaincu. Toutefois, en raison du mouvement moderniste qui se dessinait, à l’époque jusque dans la Cour Impériale, il décida, après mes études classiques, de me donner une culture occidentale : j’étais le deuxième fils et il entendait me « pousser » dans l’Administration. Je vins donc vivre, plusieurs années durant, dans votre pays natal. A mon retour, mon père était mort. Mon frère aîné ayant pris sa succession, je pus satisfaire mon goût inné des voyages et partis un peu à l’aventure. Cette aventure me conduisit ici, au Sin-Kiang qui, à l’époque, était à peine sinisé.

Pourquoi demandai-je mon admission, en tant que novice, à ce même monastère sans portes où nous sommes ? Ce fut, je le sais maintenant, pour répondre à un défi que je me lançai à moi-même : il était difficile de trouver, ailleurs qu’à Kliang-Si, un genre de vie plus éloigné que celui que j’avais mené jusqu’alors. Je n’avais jamais travaillé de mes mains : ici, qui ne travaillait pas manuellement, malades et infirmes exceptés, ne mangeait pas. D’ailleurs, cette nourriture elle-même me paraissait répugnante. Où étaient les plats raffinés de Canton ou de Paris ? Nous avions du millet en abondance, des légumes, du beurre rance et, rarement, un morceau de mouton puant; le tout mangé, non avec des baguettes ou une fourchette mais, au mieux avec une cuiller de bois et plus souvent avec les doigts. Je n’insiste pas : vous connaissez. Mais ce n’était là qu’un détail auquel je n’attribuais, malgré tout, pas plus d’importance qu’il n’en méritait. De même pour l’hygiène : je comprenais fort bien que, dans un pays aussi pauvre en eau, elle ne pouvait être que fort relative. Au vrai, ce qui me rebutait le plus à Kliang-Si était le mépris affiché de toute érudition, la dureté des moeurs et l’irrespect général à l’égard de tous et de tout.

Sans être poète moi-même, j’appréciais hautement nos classiques, les T’ang notamment : Tou-Fou et Li Taï Pe, bien sûr, mais aussi d’autres, moins notoires. Mon instructeur feignait d’ignorer jusqu’à leur existence. La Littérature était si peu appréciée que l’enseignement se donnait oralement, dans un dialecte affreux,
incompréhensible à un pékinois ou cantonais. Quant à la dureté des moeurs : vous la connaissez. Or, en ce temps-là, j’étais ce qu’il est convenu d’appeler un « bon jeune homme » et les instructeurs me paraissaient inhumains. En ce qui concerne l’irrespect, je ne crois pas que les premiers Pères du Tao aient pu aller beaucoup plus loin que leurs lointains disciples en ce domaine : le titre de Grand Maître Tchan inspire moins de dévotion au tchanistes que chez vous les Chevaliers du Taste-vin n’en manifestent à l’égard de leurs dignitaires. Je demandais un jour à l’instructeur si rien, vraiment, ne lui paraissait digne de respect. Il répondit brièvement : « Si ! Le Soleil ! » Je sus plus tard que, d’après la Tradition, le Soleil devait jouer un rôle capital dans la mutation à laquelle l’Humanité était promise.

Je ne reçus pas de brimade physique. Ma constitution était sans doute trop fragile. On m’affecta, comme tout le monde, aux travaux des champs. Puis comme j’avais manifesté l’intention de devenir un jour instructeur, on me proposa d’étudier l’astrologie du Tao, le Yi-King et d’autres arts divinatoires. Ces études n’étaient pas absolument nécessaires, précisa-t-on, mais elles me seraient d’une certaine utilité. Je n’arrivais pas à comprendre le rapport qui pouvait exister entre ces techniques vieillottes et la voie de libération que je désirais prendre. Je questionnais l’instructeur : « Est-il vraiment nécessaire de tenter de connaître l’avenir pour s’éveiller un jour ? » Il répondit : « L’homme ordinaire veut connaître l’avenir, le sage s’en moque ! » Il employa, du reste, une expression beaucoup plus énergique que « s’en moque ». Je comprenais de moins en moins. L’idée me vint que cette formation de devin, de « mage » que recevaient les candidats tao-tö-jen (ou du moins nombre d’entre eux) était tout simplement inspirée par des considérations utilitaires. Je ne croyais guère, en cette époque, aux arts dits « divinatoires ». Je venais d’une Europe encore très marquée par la pensée de scientifiques du type Berthellot. Peut-être, pensai-je, profitant du fait que l’ensemble de la population chinoise professe une ferme croyance en la vertu de l’astrologie et du Yi-King, les tchanistes entendent-ils faire pratiquer ces techniques à leurs instructeurs afin de leur donner, plus tard, lorsqu’ils seront loin de Kliang-Si, les moyens de gagner leur vie ? Ceci exactement comme s’ils eussent appris l’acupuncture ou la taille du jade ? Je questionnais encore. On me répondit que je me trompais. L’astrologie du Tao, bien que basée, comme l’astrologie occidentale, sur des données astronomiques réelles, est avant tout un entraînement à la voyance. A plus forte raison le Yi-King. Et la voyance – me dit-on encore – n’était pas recherchée pour elle-même mais à cause de l’effort de concentration mentale qu’elle impose. Astrologie du Tao et Yi-King rejoignaient, en somme, la Parapsychologie. Bizarrement, mon esprit était, sur ce plan-là, plus ouvert qu’en ce qui concerne la divination pure et simple. Le fait était dû à la connaissance que j’avais de travaux de Charcot et de l’école de Nancy. Je ne savais trop pourquoi, hypnose et parapsychologie me semblaient aller de pair. Je devins moins réticent.

On me fit connaître les Sceaux en me précisant que si tous étaient utilisés par les devins, quatre seulement avaient une importance réelle. Mais il ne me dit pas la raison de cette importance. On m’apprit quelque chose (que vous connaîtrez plus tard) qui a pour nom : Appel aux Forces. Parallèlement, on me fit pratiquer le Tsyng Chen; puis on m’entraîna à la voyance, on m’enseigna le Shen-ti-yan – que vous connaîtrez aussi. Mais tout cela à une allure de fou ! Il eut fallu, pour que chacune de ces techniques fut menée à bonne fin et donne des résultats positifs, des mois entiers d’entraînement suivi et exclusif. Mon instructeur me sommait de faire trois ou quatre choses à la fois, s’étonnait de ma mollesse et me conseillait d’abandonner pour le moment les exercices entrepris : « Vous y reviendrez plus tard » disait-il. Il insistait surtout sur la nécessité d’une bonne concentration mentale mais lorsque, assis sur le sol, j’entreprenais de me concentrer, il me secouait par l’épaule et m’envoyait travailler aux champs. Je savais, certes, que la voie du tchaniste était celle de la lutte à tous les instants de la vie, mais je trouvais que les entraves mises à ma progression étaient exagérées. Enfin, un jour, on me fit entreprendre le dzog tchen…

Ce fut, pour moi, beaucoup moins aisé que pour vous. Sauf en ce qui concerne le rappel du passé, tout me fut plus dur. Du fait de ma constitution, la simple station « bien droite » m’était une source permanente de difficultés. Je m’essayais au regard créateur. « Quel était aujourd’hui l’objet de votre création ? » me demanda l’instructeur. Je répondis : « Cette fleur! » Le lendemain, il me posa la même question et je lui dis : » Ces nuages qui se font et se défont sans cesse dans le ciel… » Même question le troisième jour, à laquelle je répondis : » J’ai contemplé comme si je voyais pour la première fois, la petite pagode qui se trouve au nord du village et j’ai évoqué le passé de la plupart des éléments qui la composent… » Mon instructeur me dit : « Vous succombez au piège de l’esthétisme. Regardez plutôt ceci avec un regard neuf ! » Et il poussa du pied vers moi un tas de crottin qu’un chameau venait de laisser choir sur le sol de la placette. En ce qui concerne l’évocation des souvenirs et de l’ambiance dans laquelle se produisirent les événements qui devaient les susciter, les choses marchèrent à peu près. Par contre, (ce que peut-être vous comprendrez mal) l’évocation d’une possible fin atroce me bouleversa. En dépit de la flatteuse légende, basée sur notre coutume de tout faire pour ne pas « perdre la face » les nerfs d’un Chinois ne sont pas plus solides que ceux d’un Européen : les miens étaient très fragiles, à l’époque. Mais ce qui fut pour moi le plus difficile, ce fut la cinquième phase du dzog tchen, la « désidentification », à cause de son caractère artificiel.

En Occident, j’avais appris que le fondateur du Christianisme, Saint Paul, estimait que l’homme se compose d’un corps, d’une âme et d’un esprit. Plus tard, à l’époque des Lumières, l’homme, en Occident, était devenu un être double: corps/âme ou matière/esprit. La science du vingtième siècle naissant affirmait qu’en réalité l’être humain formait un tout en quelque sorte insécable et les premiers travaux de Freud donnaient à entendre qu’esprit et matière, quelle que soit leur nature, influaient fortement l’un sur l’autre. Il me semblait voir, dans cette prétention à situer le « je », l’être véritable, hors du corps et du psychisme, une résurgence des idées pauliniennes, infiltrées dans la philosophie du Tao par le canal des adeptes de Nestorius. Mon instructeur me dit que les nestoriens n’avaient rien à voir là-dedans. Je lui fis remarquer le caractère artificiel de la désidentification. Il me répondit : « Cuire les aliments est artificiel. Pourtant, qui, ayant mangé des aliments cuits, consentira à se nourrir exclusivement de racines crues? » Je décidai de jouer pleinement le jeu, obtins quelques maigres résultats dont je fis état. Alors, mon instructeur m’invita à partir, à regagner mon domicile et à reprendre mes activités d’autrefois. Il ajouta: « Continuez le travail sur vous-même et, lorsque vous sentirez que le temps est vennu, regagnez Kliang-Si… » Je revins à Canton.

Durant un certain temps, l’enseignement Tchan m’écoeura. A part le fait que j’avais perdu quelques kilos, je ne voyais pas bien ce que je pouvais mettre à son actif: je ne me sentais pas le moins du monde « éveillé ». Certes, par instant, lorsque je parvenais à exécuter cette très théorique et très artificielle expulsion de mon « je » hors de mon « corps/psychisme », je ressentais, fugitivement, « quelque chose ». Mais des mois d’efforts pour parvenir à ce résultat ! – alors que mon instructeur m’avait dit: « Dans trois mois, si vous travaillez sérieusement, vous connaîtrez un éveil partiel. » J’avais travaillé sérieusement. Mais où était l’éveil? J’abandonnai tout entraînement…

Et puis un jour… Je recevais un client, en remplacement de mon frère. Ce client était un vieil homme, très cérémonieux, maniaque. La conversation se perdait en mille détours, en mille fioritures quand, brusquement, une idée me frappe : l’éveil, ce n’était pas le résultat du dzog tchen – c’était le dzog tchen lui -même, constamment vécu ! J’avais eu, à son égard, une attitude fausse et – excusez moi – occidentale. J’avais pratiqué le dzog tchen comme un exercice qui doit, s’il est bien conduit, aboutir à un résultat ; je m’étais comporté comme un curiste qui se dit: je suivrai cette cure durant tant de jours – un petit verre toutes les deux heures – et au bout de ce laps de temps, il se produira telle chose ou la cure aura échouée. Je me trompais totalement !

Lorsque dans le dzog tchen, un individu évoque le passé d’une chose ou d’un être en les « créant » du regard, il sent le caractère instable de cet être, de cette chose et, de l’évocation du passé, malgré lui, sa pensée se porte inconsciemment vers le futur de cet être ou de cette chose et il en sent l’impermanence mieux qu’il ne le ferait en l’évoquant avec des mots. Lorsqu’il pense à son propre passé et qu’il songe à ce que l’avenir peut avoir de redoutable, il étend à ce que l’on considère comme lui-même ce sentiment d’impermanence. Lorsque, par un effort délibéré, il entreprend de se regarder vivre, penser, avec les « yeux d’un autre », il voit ce que le présent à de fragile pour la créature qui est dite être lui. L’homme est, tout simplement, celui qui fuit le rêve et regarde la réalité – c’est à dire l’instabilité – en permanence.

Je dois dire qu’en cet instant je doutais de la possibilité de maintenir en permanence cette sensation… d’impermanence. L’être humain s’habitue à tout, voit le pire et se hâte de penser à autre chose. De plus, un autre écueil était constitué par le fait que les obligations de la vie courante interdisent le maintien de la sensation d’impermanence des agrégats – comme disait Sakia Muni. A la réflexion, cet écueil me parut extraordinairement redoutable: le seul fait de l’apercevoir constituait pour l’homme le somnifère par excellence, celui qui empêche tout éveil.

Et cependant! Alors qu’un jeune homme qui attend sa fiancée peut penser sans arrêt à elle sans pour autant cesser un travail qui peut être fort complexe, pourquoi la notion d’impermanence de toute chose ne pourrait-elle être maintenue à longueur de journée quelles que soient les occupations ? La grosse difficulté semblait résulter du fait que le dzog tchen comporte plusieurs éléments qui doivent, en principe, faire l’objet d’efforts distincts. Je me décidais à agir comme suit: avant mon départ de Kliang-Si, mon instructeur m’avait enseigné un petit poème : celui dont je vous ai communiqué la teneur. J’appris ce poème par coeur et, chaque matin, dès le réveil, j’essayais, en l’utilisant comme aide-mémoire, de pratiquer le dzog tchen sans arrêt, toute la journée. Je vous ferai grâce du détail : il y eut des hauts et des bas. Puis, un jour, je m’aperçus que les choses se passaient ainsi : en me levant, un des « articles » du dzog tchen apparaissait à mon esprit. Il s’agissait généralement du cinquième – la désidentification. Puis, le premier geste requérant mon attention me faisait perdre le fil mais, dans ma tête, la comptine – je l’avais mise en musique – la comptine trottait. De façon quais automatique, l’état d’esprit dzog tchen reparaissait dès que mes occupations devenaient moins absorbantes: en fait, les trois quart du temps. Je découvris ainsi que, la plupart du temps, ma pensée était consacrée au rêve, aux évocations vagues et non à ce qui touchait aux occupations quotidiennes. Du reste, de plus en plus, « l’état dzog tchen » persistait durant que mon esprit s’occupait de ces obligations. Les pensées simples, tout d’abord, celles qui sont proches de l’automatisme, furent surveillées par un « je » placé, peut-être arbitrairement, un peu en retrait de mon crâne. Un « je » qui, au même moment, regardait l’impermanence de ce corps/psychisme qui était pour tous les hommes « lui », impermanence accordée à celle du milieu. Et de plus en plus, corps et psychisme sentaient qu’ils étaient le produit d’expériences qui continueraient cette formation jusqu’au jour où, l’expérience totale étant terminée, eux, corps et psychisme, disparaîtraient comme toute chose. Et un jour, je sentis que cet état était devenu permanent. Cette compréhension entraîne un corollaire inévitable : la constatation du fait que le temps est inerte, que le temps est autre chose que l’expérience sans cesse renouvelée du mental constatant (pour sa part) l’impermanence de toute chose.
Comprenez-vous ce que je veux dire ? Le mental voit les choses impermanentes parce qu’il se meut, avec elles, au long d’un temps fixe. Dans l’éveil, le « je » (qui est peut être une forme de mental, mais de mental détaché du milieu) constate que ce n’est pas, selon la phrase fameuse « la rivière qui coule mais le pont qui se déplace ».Vous le voyez : mon expérience est, en ses débuts, assez différente de la vôtre. Vous aboutirez, pourtant, aux mêmes résultats finaux. Mais je dois vous en dire plus. Lorsque, vraiment, je vécus le dzog chen, j’entrepris de reprendre, dès le début, tout l’entraînement Tchan. Longuement, je m’exerçai à la concentration mentale tout en m’efforçant de maintenir cette sensation de détachement maintenant habituelle. J’y parvins sans trop de peine. Ce fut à ce moment aussi que je commençai à conserver ma conscience durant mon sommeil nocturne. Je crois qu’en ce qui vous concerne et sur ce plan là, les choses iront vite : vous avez, m’a-t-on dit, le sommeil léger. Ce qui vous adviendra est très simple : lorsque, dans votre sommeil, un rêve se manifestera, vous ne le confondrez jamais avec la réalité. Dans les premiers temps, je fis, trois nuits de suite, le même rêve aux allures de cauchemar : un homme armé d’un sabre courbe – un Turkmène – me poursuivait. Je courrais paisiblement, jouant le jeu en quelque sorte et sentant bien qu’il s’agissait d’un rêve. Peu à peu, une foule hurlante s’amassait derrière moi et se joignait à la chasse. J’étais bientôt rejoint et les coups commençaient à pleuvoir. Je ne ressentais rien et, les deux premières nuits, je me contentai d’attendre la fin du rêve. Il se terminait abruptement et enchaînait sur un tout autre spectacle (dont je reconnus aussi la nature onirique). Mais la troisième nuit, j’en eus assez. Dès que je vis la foule s’amasser derrière mon premier poursuivant, je décidai de me retirer du jeu. Et je sombrai, si je puis dire, dans un sommeil sans rêve dans lequel, cependant, je conservai la notion de l’existence d’un corps et d’un intellect en repos.

En ce temps là, je pratiquai aussi, pour le plus grand bien de ma santé, je dois le dire, le Shen-ti-Yan (je vous expliquerai plus tard en quoi cela consiste). Je pratiquai quelque peu l’Appel aux Forces et contribuai ainsi, à ma surprise, à l’amélioration de l’affaire fraternelle. Mais je m’exerçais surtout aux deux formes de voyance, en insistant, comme mon instructeur me l’avait recommandé, sur la concentration. Cette concentration, je la pratiquais aussi en m’exerçant aux Sceaux. Il me faut préciser qu’à cette époque, j’en savais moins que vous en ce qui concerne les possibilités de ces Sceaux : j’ignorais tout, encore, du « Dit des Anciens ». Or, un jour, alors qu’attendant la venue d’un client dans le bureau de mon frère, je m’efforçais de pratiquer les Sceaux aussi correctement que possible tout en maintenant la sensation du « je » un peu en retrait de l’occiput et en concentrant mon psychisme sur les gestes exécutés par mes mains, j’eus, à l’instant où je venais de tracer le Sceau « qui chasse le Gardien », un éblouissement. Je ne dirai pas que les yeux de mon corps et mon psychisme furent éblouis tandis que le « je » contemplait la scène, car ce n’est pas vrai. Mais j’eus cette impression. Cet éblouissement dura le temps d’un éclair et tout redevint normal. Je regardai autour de moi et ne vis tout d’abord rien de changé. Puis un détail me frappa : sur le bureau, près de ma main (cette proximité m’ayant empêché de le remarquer tout d’abord) se trouvait un appareil téléphonique. Or, je savais qu’aucun appareil téléphonique ne se trouvait, ne devait se trouver dans la maison. Quelques mois plus tôt, mon frère avait envisagé l’installation d’un appareil de ce genre puis avait renoncé par crainte d’indisposer l’élément conservateur de sa clientèle. J’appelais un employé et lui demandai depuis combien de temps nous avions le téléphone. C’était un vieil homme, très maître des expressions de son visage, et il répondit simplement que l’appareil était là depuis près de trois mois. Mais je vis bien qu’il pensait que l’amnésie me guettait. Après son départ, je terminai les Sceaux. Et j’eus un autre éblouissement. Aussitôt après, je regardai devant moi : l’appareil téléphonique avait disparu. Je ne dis rien à personne, mais le lendemain, ayant fait mes adieux, je repartis pour Kliang-Si. Je relatai mon expérience, mon « hallucination » et l’on me parla enfin du « Dit des Anciens ». Je sus qu’involontairement, j’étais entré en communication avec un univers autre – très « banal » du reste – et plus tard, beaucoup plus tard, on m’apprit comment un « homme » pouvait, définitivement, quitter cet univers-ci pour en gagner un autre, plus « jeune » comme l’exige la Règle datant des Anciens…

Le jeune homme avait écouté ce récit en silence. Lorsque le vieillard se fut tu, il prit la parole :
– Je crois, dit-il, qu’en effet je puis, un jour où l’autre réaliser les mêmes choses. Donc, j’admets ce que vous dites, sous réserve d’inventaire. Mais, comment pouvez-vous être certain du fait que, volontairement, des hommes peuvent quitter cet univers de façon définitive pour en gagner un autre ?
– La Tradition affirme que Bouddha, Lao-tseu, les incarnations indiennes et d’autres que je préfère ne pas citer, malgré tout, étant donné vos origines, étaient de hommes qui VENAIENT d’un autre univers que le nôtre. Je ne pense pas que ce que peut affirmer la Tradition vous soit une preuve et à moi non plus. Mais j’ai personnellement l’expérience de rencontres avec des hommes « d’ailleurs » et j’en ai aidé d’autres à quitter notre univers. Vous aussi, plus tard, vous fournirez une aide de ce genre et vous pourrez alors juger. Et peut-être solliciterez-vous cette aide pour vous-même…
– Je ne crois pas !
– Sincèrement, moi non plus. Mais, savez-vous que déjà, quoique de façon tout à fait involontaire et négative, vous avez contribué à ce genre de « passage » ?
– Comment cela ?
– Tout simplement en quittant le monastère quand on vous l’a demandé. Vous souvenez-vous qu’à trois reprises, depuis que vous êtes ici, nous vous avons prié de vous rendre au village sans vous fournir d’explications ?
– Je me souviens : dans les trois cas, il s’agissait d’un adepte qui allait mourir. J’ai pensé que des cérémonies funèbres allaient être célébrées et que la présence d’un étranger était inopportune. Cela m’a un peu surpris car les tchanistes ne me paraissaient guère portés au cérémonial, funèbre ou autre. Ce qui m’a surpris également est le fait que les novices étaient, comme moi, invités à déguerpir. Peut-être, me suis-je dit, s’agit-il d’une cérémonie funèbre à l’usage des seuls initiés ?
– C’était bien cela, à un détail près : la cérémonie n’avait aucun caractère funèbre, au contraire. Il s’agissait, en fait de « ramener » l’adepte agonisant à quelque vingt années en arrière. Ou plus exactement, de favoriser son passage dans un univers rigoureusement semblable au nôtre, mais plus « jeune » de vingt années…
– Dites-moi : vous me permettrez bien cette remarque : Tchan – la doctrine Tchan – se veut rationnelle et même, d’une certaine façon, rationaliste. Elle prétend ne faire appel qu’à l’expérience, une expérience que tout homme peut faire. Si quelqu’un lui reproche de ne pas suffisamment tenir compte de la raison, elle répond : selon le point de vue humain, le Cosmos n’est pas « raisonnable », cartésien. Le Yang et le Yin n’expliquent pas tout et il est possible de répondre à certaines questions à la fois par oui ET par non. Vous ne nous croyez pas ? Expérimentez ! Elle repousse tout argument d’autorité, toute foi aveugle. Je suis, jusque là, en parfait accord avec elle. Mais, lorsque nous abordons les cérémonies que vous venez d’évoquer, tout change. Qu’est votre cérémonie du « passage » sinon un rite religieux ? Quelle différence y a-t-il entre le « passage » et les cérémonies pré-funèbres de certains cultes, par lesquelles l’agonisant est « équipé » pour se présenter devant Dieu ? Certaines, du reste,, sont appelées « cérémonies du passage »…
Maître Wou sourit :
– A mon tour, dit-il de solliciter une permission : celle d’ouvrir une brève parenthèse avant de répondre à votre question. Je voudrais vous dire la raison du peu de respect que nous manifestons à l’égard de tout et de tous. Pour nous, comme pour les mystiques, Dieu seul est vraiment respectable. Mais pour nous, le Royaume de Dieu commence au-delà du Cosmos ET de ce qui le dirige ou l’organise. Au-delà du Tao… Maintenant, je vais répondre à votre question bien que, à vrai dire, votre propre expérience à venir y répondra mieux que je ne puis faire. Supposez un instant que, au cours d’une cérémonie funèbre – ou pré-funèbre selon votre expression – cérémonie qui est censée préparer l’agonisant à une autre vie, certaines paroles soient prononcées et certains gestes soient faits. Supposez encore qu’à un certain moment, la conjonction d’un geste et d’un mot – ou son – doive, d’après le rituel, provoquer l’arrêt brusque des fonctions vitales ET QUE TOUT SE PASSE EFFECTIVEMENT AINSI ?
– Je dirai, fit le jeune homme, que le bonhomme vient d’être tué par l’auto-suggestion.
– Et si la cérémonie a lieu HORS DE SA PRESENCE ?
– Télépathie…
– Si les facultés télépathiques de l’agonisant, comme c’est parfois le cas, avoisinent zéro ?
– Certains phénomènes morbides peu connus amènent peut-être une modification, une amélioration temporaire de ces facultés…
– Et si – ce fut le cas récemment – l’agonisant n’agonise pas le moins du monde mais est, au contraire, un homme en pleine force, pas du tout télépathe, et qui a décidé de son plein gré, après mûre réflexion, de quitter cet univers-ci pour un autre, pour y oeuvrer ?
– Là, je ne sais plus, mais mes connaissances et mon intellignence sont assez limitées et il existe certainement une réponse à votre question, réponse que je ne puis trouver. De toute façon, un certain apport de foi est quand même exigé…
– Cela est vrai. Mais reconnaissez qu’il est réduit au minimum. Nous récusons l’argument d’autorité, la foi aveugle. Disons, si vous voulez, que nous acceptons la foi myope. Le fait de savoir qu’à l’instant où, certaines paroles étant dites, le geste qui fait « éclater le point » étant fait, CE POINT ECLATE, nous suffit. Nous ne sommes que dans certaines limites des maniaques de la Preuve…
– Et, peut-on savoir ce que sont ces paroles et ce geste ?
– On peut, oui. A la troisième initiation. Je pense que vous comprenez le caractère dangereux que présenterait cette connaissance si elle venait à tomber entre des mains inexpertes. La désidentification ne confère pas automatiquement la sagesse : il faut, pour obtenir celle-ci (au sens habituel du terme) l’expérience, qui donne la compréhension, l’intelligence des faits. Vous en êtes à la première initiation. Je vous ai dit ce que doit être la seconde : elle doit être réalisée solitairement par la mise en pratique de ce qui est enseigné durant la première. Pour la troisième, celle qui m’attendait à mon retour à Kliang-Si, elle se fait en commun : plusieurs adeptes ayant atteint le second degré se réunissent sous le contrôle d’un du troisième. D’un responsable…
– Et, que vais-je faire à présent ?
– Vous attaquer à la deuxième initiation. Tout seul. Dès demain, vous partirez vers le Nord-Ouest avec une caravane. Vous aiderez à conduire ici les troupeaux que nous avons acquis près de Yagden. Li-Wang, qui dirigera l’expédition, vous enseignera en cours de route les rudiments de l’entraînement à la voyance et à la concentration. Mais ne comptez pas trouver en lui une aide : ceci mis à part, il ne vous sera d’aucune utilité. VOUS DEVEZ APPRENDRE A VIVRE LE DZOG TCHEN TOUT SEUL ! A votre retour, quatre ou cinq mois se seront écoulés. Cela devrait suffire.
– J’aime voyager, dit le jeune homme. J’accepte donc. Et, tout compte fait, dans la mesure où vous entendez faire de moi un adepte – ou un instructeur – pour mon bien, comme l’on dit, je vous remercie. Mais je sais, par expérience que, lorsque c’est possible, Tchan aime faire d’une pierre deux coups. En quoi, je vous le demande, puis-je, dans l’avenir, être utile à Tchan ?
– Nous sommes, dit Maître Wou, dans une province d’un vaste pays qui a beaucoup contribué à civiliser les hommes et qui, dans l’avenir, a son rôle à jouer dans les réalisations de l’espèce. Ce pays est, depuis longtemps, en proie à une extraordinaire anarchie. Mais cela ne peut durer et déjà des signes apparaissent. Un ordre nouveau apparaîtra. Le simple bon sens dit que cet ordre nouveau sera instauré par les marxistes. Marxiste ou non, peu importe, tout ou presque est préférable au désordre actuel. Mais une jeune nation marxiste sera forcément intolérante. Les futurs maîtres du pays tenteront certainement d’enrôler Tchan sous leur bannière. Nous ne pourrons accepter parce que, durant quelques décennies, cette bannière sera celle de l’intolérance. Il nous faudra donc partir ou nous cacher. Si nous partons, où irons-nous ? Pour la plupart, dans un quelconque pays d’Asie, en raison de nos origines ethniques. Mais si, en dehors de vous, nous pouvons recruter quelques instructeurs occidentaux, alors il vaudra la peine de tenter de faire connaître Tchan hors d’Asie. Le Tao en décide… N’oubliez jamais que les hommes sont plus encore frères que les meilleurs d’entre eux n’imaginent. Les Puissance bénéfiques sont avec vous. EN VOUS.

Nous voici arrivés au terme de ce qu’il nous est possible de vous enseigner par textes ronéotypés. A ce stade, votre attitude peut être une des suivantes :

1) Vous pouvez considérer notre enseignement, pris dans son ensemble, comme un fatras imbécile. Si tel est le cas, nous sommes à votre disposition pour vous rembourser toute somme éventuellement versée.

2) Ce que nous vous disons ne concorde pas avec vos conceptions personnelles. Nous vous dirons alors : « Merci d’avoir bien voulu prendre connaissance de nos textes. Nos routes se séparent. Nous vous souhaitons bonne route et bonne chance ».

3) Ce qui vous avait attiré dans la Technique du Tao est notre affirmation que, par nos procédés parapsychologiques, vous pourriez agir directement sur votre propre destin. La compréhension du fait que, dans notre univers, inerte temporellement, une modification de destin personnel est possible, n’est accessible qu’aux adeptes ayant terminé leur seconde initiation, mais c’est ainsi. Si, vraiment, vous n’êtes intéressé que par des résultats matériels immédiats ALORS QU’IL Y A TELLEMENT MIEUX A FAIRE, laissez de côté le dur, très dur dzog tchen pleinement vécu et spécialisez-vous dans une branche parapsychologique. Vous y réussirez après un entraînement plus ou moins long selon vos capacités personnelles. Ainsi font les chamans et les magiciens bön-po. Nous vous signalons toutefois que seule, dans ce domaine, la voie télépathique vous mènera à une forme d’éveil, forme différente de celle que vous ouvre le dzog tchen car axée sur la « parenté des lignes » existant entre « êtres-points » appartenant à une même espèce; où, si vous préférez, sur la fraternité humaine; sur le fait que, d’une certaine façon, le « je » personnel est lié au « JE » de l’Humanité prise dans son ensemble. Dans cette voie, ce n’est qu’à un très haut degré de réalisation que le contact avec d’autres univers s’établit.

4) Vous recherchez l’éveil et vous vous demandez si, oui ou non, le dzog tchen vous permettra de l’obtenir, ferme et intangible. Nous vous proposons un pari pascalien mais dont le résultat vous sera connu « dans votre corps de chair ». Pratiquez le dzog tchen, VIVEZ-LE. Et sachez « par coeur » l’exécution des Sceaux de manière à devenir capable de les terminer DANS N’IMPORTE QUELLES CIRCONSTANCES. Exercez-vous à la concentration – mais attendez pour cela de VIVRE le dzog tchen. Les procédés de concentration mentale que nous préconisons sont les plus aptes à votre propos. Nous vous conseillons particulièrement celui qui est à la base de l’entraînement à la voyance sans support et la concentration sur les chiffres. Cette concentration sera conjuguée avec la désidentification. Ce n’est pas facile, loin de là. Mais cela est faisable. Cela s’est fait. Cela se fait encore et cela se fera. Beaucoup de travail est nécessaire.

C’est surtout aux personnes appartenant à ce quatrième groupe, à cette famille d’esprit, que nous nous adressons maintenant. Nous leur disons : Beaucoup de contradictions vous apparaissent. Beaucoup de questions se posent à vous. Bien que d’un niveau plus élevé, ces contradictions sont du genre : « Il est impossible que les antipodes existent car ces gens mourraient par afflux du sang à la tête ». Vous savez, vous, que les antipodes existent bel et bien et vous savez pourquoi leur existence est possible, mais il fut une époque où, faute d’éléments d’information, vos aïeux pouvaient raisonnablement s’exprimer ainsi. Ils constatèrent la réalité du fait longtemps avant d’en comprendre les causes.

Quand aux questions proprement dites ! Elles sont légion. En voici quelques-unes :
– Pourquoi Tchan n’insiste-t-il pas, comme d’autres, sur la nécessité de l’altruisme, sur l’amour pour les créatures ? – Parce que, pour l’homme éveillé, la chose va de soi. Existe-t-il des manuels modernes d’hygiène insistant sur la nécessité de tenir ses pieds propres ?
– Quel parallèle peut-on établir entre ce que propose Tchan et ce que proposent divers ésotérismes ? Quelle équivalence entre leur terminologie et celle qu’utilisent les tchanistes ? – Ceci ne présente aucun intérêt. Il n’est pas possible de courir plusieurs lièvres à la fois et chaque voie exige une vie entière d’ « être-point » pour que le but soit atteint. Soyez tchanistes ou autre chose. Ne cumulez pas les efforts. Vous perdriez sur les deux tableaux.
– Est-il possible qu’un homme encore non éveillé accède, accidentellement, à la perception fugace d’un autre univers ? – La réponse est : « oui ».
– Qu’arriverait-il si un homme éveillé, désidentifié, ayant exécuté de la façon qui convient, les premiers Sceaux, se « retrouvait » dans un autre univers et omettait de tracer les derniers Sceaux ? – La réponse est : ceci ne doit en aucun cas se produire. Ce serait très grave pour l’homme éveillé, en tant qu’ « être-point ». C’est pour cela que nous disons qu’il est nécessaire d’apprendre à pratiquer les Sceaux en toutes circonstances. Il en est d’étranges.

A ces questions, nous pouvons donner, comme vous le voyez, des réponses partielles. Il en est d’autres dont vous devrez trouver vous-même la solution. Celle-ci, par exemple :
– Est-il possible à ce que nous appelons un être humain de dépasser le stade du « Grand Etre », celui du Tao et d’atteindre ce que les mystiques de la Bakti appellent Dieu ou l’Absolu ?

D’autres questions constituent, en fait, de faux problèmes et leur solution ne vous apporterait rien. Elles correspondent à un état d’esprit scholastique et ne peuvent prouver que l’état de profond sommeil de qui les pose. L’important est que vous sachiez que :
« Seul est sauvé celui qui veille sans cesse, dans l’impermanence de toute chose ».
« Tu ne dois pas chercher le Bouddha. Tu es le Bouddha ».
« Le royaume des cieux est en vous »…

Et maintenant, voici notre dernier conseil :
Pratiquez le dzog tchen.
Faites que votre vie SOIT le dzog tchen.

Ce sera dur, très dur. Il est bien plus tentant de songer (en dehors du temps consacré à vos occupations absorbantes) de songer à la perspective de vacances prochaines ou au prochain spectacle de la télévision. C’est un fait. Plus facile aussi de songer à tel ennui de façon non dirigée. (Nous voulons dire : il est plus facile de s’abandonner à une idée fixe funeste plutôt que de diriger volontairement sa pensée sur l’impermanence des choses et la sienne propre en tant que corps/psychisme). Il est même beaucoup plus aisé de s’astreindre tous les jours, à heure fixe, à des exercices psychologiques complexes et de pratiquer la méditation. Mais il faut que vous compreniez bien ceci : un être éveillé est, sur un plan qui n’est pas celui du « monde », une sorte d’aristocrate. Tout se paye. Rien n’est obtenu sans que quelque chose soit donné en échange : pour obtenir l’éveil, il faut donner son rêve. Comprenez que l’homme qui VIT l’impermanence de toute chose est aussi loin, dans ses rapports avec le réel, de celui qui se comporte, en dépit de sa compréhension purement intellectuelle, comme si toute chose était permanente, que ce dernier est, lorsqu’il veille, du dormeur perdu dans ses rêves. L’éveil est simple : IL FAUT LE VIVRE. C’est tout. Agissez ainsi. Et, quand vous sentirez que ce premier but est atteint; qu’il est temps, pour vous, de « revenir », faites-nous le savoir. Vous connaissez l’adresse. Ne vous inquiétez pas, pour le moment, si vous ne « sentez » aucun contact avec quelque chose qui n’est pas de notre univers : l’important n’est pas là mais dans l’état d’esprit très spécial qui doit devenir vôtre en permanence. Pour certains, parmi les meilleurs, cet état est le but ultime.

Parallèlement, cherchez si, autour de vous, certaines personnes sont susceptibles d’être intéressées par notre enseignement. Dans l’affirmative, ne nous demandez pas de leur adresser des textes : nous ne sommes des « marchands de papier » que par nécessité. Prêtez plutôt à ces personnes vos propres textes. Soyez, au moins dans les débuts, leur instructeur. Vous aiderez ainsi autrui et autrui vous aidera ultérieurement car, pour parvenir à la troisième initiation, l’existence d’un groupe est nécessaire.

Même si notre actuel instructeur venait à disparaître prochainement, Tchan vous retrouverait pour peu que vous le désiriez.

Nous vous souhaitons maintenant bon courage : le courage vous sera nécessaire.

Mais n’oubliez pas que : Les Puissances bénéfiques sont avec vous…

EN VOUS …

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