LA TECHNIQUE DU TAO – Texte 15

– Cette fois, ce n’est pas brillant, dit l’élève en pénétrant pour la cinquième fois dans la cellule de Maître Wou. Franchement, j’arrive mal à « visualiser » la « chose la plus terrible qui puisse m’advenir ». Il y a quelque chose en moi qui s’y oppose…
– En ce cas, dit Maître Wou, mettez-la dehors.
L’Européen écarquilla les yeux :
– Que voulez-vous que je mette dehors ?
– Cette chose qui est en vous et qui vous empêche, comme vous dites, de visualiser la chose que vous craignez le plus au monde.
– Et à votre avis, quelle est cette chose ?
– Elle est double et se compose de ce que nous appelons votre corps et votre psychisme.
– L’âme ?
– J’attendais ce mot. L’homme est ainsi fait : lorsqu’il ne connaît pas une chose, il lui met une étiquette et se trouve satisfait : il vient d’acquérir la connaissance. Autrefois, les anciens cartographes, sur la foi de voyageurs douteux, remplaçaient la mention « Terre inconnue », trop pleine de sagesse, par « Pays de Dragons » ou « Royaume des hommes à tête de chien ». Ne croyez-vous pas qu’il était plus simple – comme on a fini par le faire – de se rendre sur les lieux pour en observer les particularités. Je ne sais pas si vous êtes une âme, ou une parcelle de l’Absolu, ou quoi que ce soit d’autre. Je vous dis simplement : vous n’êtes ni un corps, ni un psychisme, pris séparément. Si vous êst le résultat de l’union de ce corps et de ce psychisme, vous n’êtes rien. Mais êtes-vous cela ? Si vous êtes plus que cela, vous devez pouvoir évoquer, par-delà le frayeur, la fin cruelle de ce corps et de ce psychisme, car c’est seulement leur symbiose qui connaîtra la souffrance et la dissolution. C’est donc elle, cette symbiose qui, seule, a peur de l’évocation. Expulsez-la.
– Vous voulez, si je comprends bien, que j’expulse mon corps et mon psychisme de moi-même ? Mais c’est impossible !
– Exact. Pour le moment. Mais savez-vous danser ?
Habitué aux coq-à-l’âne du vieux maître, l’Européen ne broncha pas.
– Non, fit-il simplement. – Donc, dit Maître Wou, il vous est aussi impossible de danser. Cependant, pour peu que l’on vous montre comment vous y prendre, vous pourriez déjà effectuer tous les pas que font les danseurs. Et, en les refaisant chaque jour, au bout d’un certain temps, vous sauriez danser. Sortir de soi-même son corps et sa pensée est plus difficile, mais pas autant qu’on pourrait le croire. En fait, quand l’habitude est prise, on s’étonne d’avoir auparavant éprouvé des difficultés : un peu comme pour la danse ou pour la « lutte d’ombres ». (La lutte d’ombres est une sorte de judo chinois particulièrement acrobatique. Très populaire au Sin-Kiang)
– Et, comment faut-il s’y prendre ?
– Vous avez vu, dit Maître Wou, ces tableaux représentant des Saints chrétiens ou bouddhistes ? Oui, n’est-ce pas ? Vous avez remarqué ce que l’artiste a peint au-dessus de leur tête ?
– L’auréole ?
– C’est cela. Eh, bien, c’est à cet endroit qu’il convient de « vous » placer, tout en projetant en avant votre corps et psychisme.
L’élève chercha, pour s’asseoir, une position confortable, soupira, parut réfléchir quelques instants, et dit :
– Je sais que vous êtes renommé pour votre sens de l’humour, qualité que j’apprécie, croyez-le. Mais puis-je vous dire que je trouve votre actuelle plaisanterie laborieuse et d’un goût douteux ?
– Ce n’est pas, dit le maître, une plaisanterie, bien que, il faut l’avouer, cela ait bien l’air d’en être une. Je crois qu’il va me falloir vous donner d’assez longues explications…
« Non content de s’identifier avec son corps et sa pensée, notre « je » tend à rechercher dans l’agrégat psycho-somatique appelé « homme », un point local privilégié où il se situera. En général, ce point est placé dans la partie du corps où il est admis que se font les échanges corps-esprit, c’est-à-dire dans la région cervicale, lieu où l’esprit reçoit les informations du corps et lui donne ses ordres. Cette conception, du reste, est occidentale : chez nous, cette locatlisation est située aux alentours du plexus solaire. Qui a raison en la matière ? Plutôt les Occidentaux, mais non entièrement. C’est bien par le truchement du cerveau que la plupart des informations et ordres se transmettent du corps à l’esprit et de l’esprit au corps. La plupart, mais non toutes, car les organes humains ne sont pas aussi spécialisés qu’on le pense communément (La technique du Tao affirme que chaque cellule du corps humain détient, potentiellement, toutes nos facultés sensorielles. Certains travaux occidentaux tendent à confirmer ces vues. Cf les articles de la Pravda faisant état de la mise en observation d’un jeune Soviétique capable de voir avec ses mains). Quoi qu’il en soit, l’homme se comporte comme si son « je » se trouvait en un endroit précis du corps. L’Occidental EST dans son cerveau, le chinois EST (un peu moins mais guère moins) dans un lieu situé près du plexux solaire. Dans la pratique, quels résultats découlent de cette localisation arbitraire ? Eh bien, le « je » crée sa propre prison. Il se transforme en un petit noyau qui se soumet à la symbiose au lieu de la dominer. On l’appelle alors « ego ».
« Il faut comprendre encore ceci : en fait, il n’existe pas de limites précises entre ce qui est considéré comme l’être humain (la symbiose) et le milieu qui l’environne. Il n’y a pas, entre l’un et l’autre, nette solution de continuité. Prenons, simplement, l’aspect corporel de l’homme. Peut-on dire que la surface de sa peau le sépare du milieu qui l’environne ou qu’elle l’unit à ce milieu ? Du derme humain, par exemple, s’élèvent des effluves dûes à la chaleur interne. Lorsque ces effluves ont dépassé la surface dermique, font-elles encore partie du corps ou appartiennent-elles déjà au milieu ? L’homme ne ressentant pas leur existence, direz-vous peut-être, elles ne sauraient être partie de lui ? Mais les ongles et les cheveux ne transmettent, apr eux-mêmes, aucune sensation et sont pourtant considérés comme appartenant au corps. Et que penser des différentes influences extérieures qui pénètrent le corps ? Appartiennent-elles encore au milieu ou déjà au corps lui-même ? Et, en ce dernier cas, au bout de combien de temps peut-on dire qu’une influence extérieure est assimilée ?
« En s’identifiant avec une partie privilégiée du corps, le « je » se condamne à la soumission à l’égard des sens qui renseignent la dualité corps-psychisme. Le plus puissant, le plus informatif, et par suite, le plus exigeant, est la vue. L’homme ordinaire – même s’il est frappé de cécité – situe son « je » derrière son système visuel. Même le Chinois est ainsi, malgré ses théories. Réfléchissez à cela, je vous prie. Il y a le monde et vous, derrière, qui le regardez. Votre corps et votre psychisme – je veux dire les actes accomplis par la symbiose corps-psychisme – ne sont connus dans vous que dans la mesure où, directement ou indirectement, ils sont perceptibles à vos regards. Vous ne savez que par ouï-dire ce qu’il en est de l’arrière de votre crâne ou de votre dos. Cette sujétion au sens principal entraîne une sorte de presbytie. Vous voyez le monde, oui, mais ce corps et ce psychisme que l’on considère habituellement comme étant « vous », vous ne le voyez pas. Ils font pourtant partie du spectacle et vous les en excluez. Sur l’écran de votre cinéma personnel, ils n’apparaissent pas : ils sont trop proches. Et pourtant, si vous voulez vous libérer de la conception ordinaire de l’espace et du temps, ce corps-esprit doit vous apparaître comme n’importe quel élément du spectacle Monde. Car ce corps-esprit est bien un simple élément, un agrégat, soumis bel et bien au temps entropique, au temps qui entraîne vers la nécessaire dissolution des éléments. Ce que je vous demande de faire est relativement simple.
« Arbitrairement, vous situez votre « je » en un point donné de votre individu physique. Je vous demande de déplacer, non moins arbitrairement, ce point, et de le situer un peu en dehors de cet individu physique : à une dizaine de centimètres derrière votre occiput, là où les peintres placent l’auréole des Saints. Cechoix est gratuit ? Si vous voulez. Artificiel ? D’accord. Mais faites ce que je vous demande et ne vous préoccupez que du résultat à obtenir. Il faut que vous parveniez à ceci :
« Voir votre corps et votre psychisme comme le ferait un observateur extérieur qui serait placé quelques dix centimètres derrière votrecrâne et qui, doué de facultés télépathiques, s’intéresserait à ce que font ce corps et ce psychisme.
« Je vous signale que cette pratique constitue non seulement la 5ème phase du dzog tchen mais aussi la base même de l’entraînement à la télépathie. Je ne prétends pasd vous rendre télépathe : vous n’êtes pas doué. Mais vous pouvez vous aider d’un des procédés d’entraînement télépathiques pour arriver plus aisément au but que je vous propose. Vous pouvez prendre l’habitude de penser « il » au lieu de « je » chaque fois que vous penserez à une des manifestations de votre corps ou de votre psychisme. Vous me direz peut-être qu’en fait ce sera bien votre psychisme qui s’exprimera ainsi. Que cette désidentification n’en sera, en fait, pas une ? Cela est vrai. Il y a là un paradoxe auquel je ne puis faire face avec des mots. Il ne m’est possible de vous dire qu’une chose : souvenez-vous des pas de danse éxécutés par l’homme qui ne sait pas danser.
« Une autre chose vous aidera aussi : le fait que vous ayez pris l’habitude de redresser votre corps plusieurs fois dans la journée. Lorsque vous redresserez ce corps, imaginez que l’ordre de redressement vienty, non pas du cerveau, mais d’un point situé un peu au-dessus de la tête – de la tête de « il ». Après cela, il vous sera plus facile de « voir » évoluer ce corps. Vous comprenez bien, n’est-ce pas, ce que je vous demande ? Il s’agit de « voi agir » et « entendre penser » l’agrégat qui est habituellement considéré comme étant vous, comme s’il s’agissait d’un autre individu. Naturellement, vous ne pouvez pas vous voir entièrement. Ce sera votre imagination qui verra, donc votre psychisme. Vous pensez qu’il y a tricherie ? C’est certain. Mais, ne l’oubliez pas, les informations réelles que vous transmettent vos sens – la vue notamment, sont toujours interprétées, donc dénaturées par ce psychisme. Vous n’avez, pour atteindre la libération, l’éveil, que des outils imparfaits, trichant continuellement CONTRE vous. Il vous faut, pour vous en libérer, tricher CONTRE eux. Nous n’y pouvons rien : si vous étiez affranchi de la tricherie, c’est que vous seriez déjà libéré…

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Avant d’aller plus loin, nous aimerions vous présenter quelques excuses. Pour le caractère rocailleux, barbare, peu explicite, de nos textes en général et singulièrement de notre exposé de la cinquème phase du dzog-tchen.

Nous coptons, parmi nos amis, des hommes cultivés, lettrés, capables de transformer en un clair exposé le galimatias que vous venez de lire. Cependant, nous n’avons pas voulu demander leur aide, et voici pourquoi: la clarté apparente d’un tel exposé ne saurait être la clarté réelle. Lorsque vous regardez le tableau d’un maître, ce que vous voyez est l’objet que l’artiste a voulu représenter et non les ingrédients dont se compose la peinture. Pour voir ces ingrédients, pour les discerner dans un tableau; il faut être fabricant de peinture. On peut imaginer -Pourquoi pas?- une société ésotérique composée de fabricants de produits pour peintres, qui verrait dans un tableau donné une certaine quantité de bleu, de rouge ou de jaune et en tirerait un mystérieux profit. Mais le profane ne verrait que le tableau. Pour qu’il acquière la connaissance des produits ayant servi à la création du tableau; il faudrait que ces produits lui soient présentés, non pas à proprement parler en vrac; mais d’une façon spéciale.

Nous ne recherchons pas l’obcurité pour elle-même. Simplement nous ne pouvons pas nous permettre d’utiliser des expressions habituellement considérées comme « claires, frappantes ». Plus elles seraient frappantes, expressives, moins vous comprendriez réellement. Il y a un piège sémantique et aussi esthétique. Est-il beaucoup d’expréssions aussi belles, claires et frappantes que cette citation? « L’Univers est une sphère dont le centre est partout et la circonfèrence nulle part… » C’est très beau, n’est pas? Et cela est parfaitement compris. Ceci dit, êtes-vous capable pour autant de vous représenter cet Univers sphérique?

Donc, nous vous prions de bien vouloir nous excuser et de comprendre que, réellement, nous ne pouvons nous exprimer d’une autre façon.

Encore quelques mots. Vous en êtes à la cinquième phase du dzog tchen. Si vous faites envore preuve de quelque patience et persévérance, vous n’êtes plus bien loin du but. Mais: Il importe que, tous les jours au moins une fois, vous regardiez le monde qui vous entoure avec des yeux neufs. Que tous les jours, qu moins une fois, vous remontiez dans votre passé pour en ressusciter les éléments et l’ambiance de l’époque où ils se sont produits.
Que tous les jours, au moins une fois, vous évoquiez ce qu’il y a de plus redoutable dans votre avenir POSSIBLE.
Que tous les jours ET AUSSI SOUVENT QUE VOUS Y PENSEREZ, vous essayiez, artificiellement, certes, de placer votre « je » en dehors de votre corps. Le mouvement de redressement préconisé dans la première phase du dzog tchen vous y aidera. Nous vous conseillons aussi, le plus souvent possible, de penser à ce qu’il est convenu d’appeler « vous » à la troisième personne du singulier. Que ce qui était « je » devienne »il » ou « elle ». Si vous avez pris l’habitude, de temps à autre, de surveiller les paroles qui sortent de votre bouche, vous verrez combien il sera plus facile, de votre poste d’observation derrière l’occiput, de surveiller les paroles prononcées par « il » ou par « elle ». Enfin, ET SURTOUT, si vous vous êtes réellement écolleté » qvec l’évocation de la chose que vous craignez le plus au monde, vous ne tarderez pas à parvenez à mener à bien le travail de changement de localisation du « je » que nous vous proposons.

Peut-être penserez-vous: « Il est possible que le dzog tchen donne d’excellents résultats. Malheureusement, je n’ai pas le temps de suivre toutes ses prescriptions. Je suis une personne occupée. Peut-être avez-vous raison: vous êtes mieux placé que quiconque pour en décider. Si vous n’avez vraiment pas le temps de suivre chaque jour; toutes les prescriptions du dzog tchen, mieux vaut que vous n’entrepreniez rien pour le moment et que vous attendiez des circonstances plus favorables. Mais; nous devons vous dire ceci! Le dzog tchen est, justement, la Voie des gens très occupés, de ceux qui travaillent durement et de longues heures par jour. Ce n’est pas une discipline pour oisifs, se dorant au soleil. Ses origines sont les suivantes:

Au Tibet, la libération;, l’éveil, par des techniques buddhistes ou autres, sont recherchés par bien des gens. Certains, ceux qui sont fortunés, les recherchent dans le confort de la méditation monastique. S’autres, pauvres mais sans charge de famille, prennent la voie plus rude de la vie érémitique. D’autres enfin, pauvres eux-aussi, mais soumis à de nombreuses obligations familiales, travaillent durement dans un pays où le moindre effort est pleinement ressenti. C’est à l’usage de ces derniers que le dzog tchen a été conçu. Et c’est pour cette raison que nous avons pensé que cette voie, déjà adoptée par les actifs Chinois, conviendrait parfaitement aux actifs Européens.

Pour peu que vous meniez la vie normale de l’Occidental, vous ne pouvez vous permettre de disposer des nombreuses heures quotidienne qu’exige la Voie méditative. Mais, faites le compte: combien de minutes perdrez-vous chaque jour avec le dzog tchen? De plus, celui-ci possède un autre avantage: il permet d’obtenir l’éveil dans la vie de tous les jours. Ne croyez-vous pas qu’une

Libération reçue loin des hommes, dans une solitude voulue; présenterait un caractère factice et, de toute façon, fragile? Nous ne pouvons vous dire si, au bout de ces sept étapes, le but sera atteint: tout dépend de votre persévérance et du sérieux avec lequel vous suivrez les prescriptions du dzog tchen. Mais, nous pouvons vous affirmer que si l’éveil est obtenu, il sera « solide », intangible. Et que, de toute façon, si, dans l’immédiat, vous deviez rencontrer l’échec, vous pourriez recommencer l’expérience sans que cet échec constitue un handicap.

Nous allons maintenant vous parler de parapsychologie, mais de parapsychologie spéciale. Comme nous l’avons dit dans le 2ème texte, nous considérons la parapsychologie, les « pouvoirs », les « tö », les « siddhis », quel que soit le nom que l’on veuille donner aux expériences paranormales, comme n moyen et non une fin. Rechercher la puissance pour elle-même est, à nos yeux, un leurre. Puissance ne signifie pas sérénité, tant s’en faut. Les responsables des deux plus grands états mondiaux -le président de USA et le chef du gouvernement soviétique- possèdent une puissance réelle dépassant les rêves des plus grands « mqgiciens ». D’un mot, ils peuvent décider du sort de la planète. Dira-t-on pour autant que ces hommes ont, à coup sûr, atteint à la sérénité? Sincèrement, aimeriez-vous être un de ces deux hommes?

Nous évoquerons aujourd’hui un pouvoir de l’esprit dont les applications pratiques sont d’un intérêt rigoureusement nul: la télépathie. Peut-être serez-vous étonné de nous voir porter un tel jugement mais c’est un fait d’expérience: communiquer directement d’esprit à esprit ne sert, dans la pratique, absolument à rien. Un exemple?. En voici un, récent:

Avec la Mongolie, le Tibet est, traditionnellement, le pays des télépathes. De nombreuses publications de véracité douteuse ont mentionné le fait, mais ce n’est pas parce qu’un individu réputé menteur dit, au milieu de la journée: « Il fait jour » que la nuit est là pour autant. Il y a eu, il y a encore, au Tibet, de nombreux télépathes plus ou moins « forts ». Or, voici quelques années, un certain nombre d’entre eux se trouva impliqué dans une conspiration contre l’occupant chinois. Et savez-vous par quel moyen les conjurés correspondaient entre eux? Par « talkie-walkie » de fabrication japonaise: il est impossible de communiquer télépathiquement des renseignements précis et chiffrés dans le climat émotivement chargé qui est celui d’une conspiration. (Ceci n’a, apparemment pas encore été compris par les gouvernements soviétique et américain qui s’efforcent, au moment où ces lignes sont écrites, d’utiliser la télépathie à des fins militaires: tout ce qui touche à la politique, à la guerre, au renseignement commercial est exclus du domaine télépathique, qu’on le croit ou non. Et s’il s’agit de communiquer des nouvelles d’ordre personnel à des amis, le téléphone et le télégraphe sont des instruments beaucoup plus efficaces. La valeur de la télépathie est ailleurs: c’est un précieux renfort dans la lutte contre les menées de l’ego.

Peut-être vous est-il arrivé de lire quelqu’un de ces romans anglo-saxons, dits de « science-fiction » dans lesquels apparaissent des personnages aux capacités surhumaine? Très souvent, ces surhommes sont télépathes et l’auteur affirme qu’un groupe, organisation ou race, détenant le pouvoir télépathique, dominerait rapidement la planète. Or, pour qui a rencontré des télépathes vrais, rien n’apparaît moins sûr. La pratique de la télépathie n’augmente pas -loin de là- l’intelligence pratique. En ce qui concerne les réalisations concrètes, son pouvoir de concentration approche de zéro. Le télépathe vrai -très rare- est à peine un individu pensant: il tend à devenir un simple lieu de passage pour la pensée d’autrui. Nous avons vu, dans certaines lamaseries mongoles, de saints hommes « qui pensent avec l’esprit des autres » et qui, pour cette raison même, devaient être conduits dans la vie comme de petits enfants: certains en étaient à ne plus bien savoir si les pensées qui leur venaient appartenaient à autrui ou à eux-mêmes. Chez eux, l’ego avait presque entièrement disparu. Nous doutons fort, pour un groupe humain composé de personnes de ce genre, non seulement de la possibilité de dominer la planète, mais simplement de survivre dans le monde actuel. Du reste, il est une théorie chinoise qui prétend qu’à une époque fort lointaine de son histoire, l’humanité ignorait la parole et communiquait directement d’esprit à esprit. Un jour, certains hommes décidèrent, en se référant à l’exemple animal, de s’exprimer par des sons. Ils dominèrent alors les autres hommes et créèrent la civilisation. Il semble que cette légende ait été connue de Freud et que le grand psychologue autrichien n’ait pas cru cette théorie invraisemblable. Quoi qu’il en soit, le télépathe vrai se comporte comme s’il n’avait pas le temps d’avoir des idées personnelles et son pouvoir créateur est nul. Ajoutons qu’il ressent profondément la souffrance ambiante qui devient, en quelque sorte, sa souffrance personnelle. Une légende -mais, est-ce bien une légende?- court la région de la Dépression du Tarim:

Autrefois, un saint anachorète « qui lisait dans le coeur d’autrui » s’était retiré dans le désert. Si éloignée des agglomérations que fut sa retraite, de nombreuses personnes venaient lui rendre visite car il prenait pour lui la peine des autres (entendez par là que, connaissant les raisons exactes de cette peine, il savait trouver des mots efficaces de consolation). Il encourageait les gens au bien et à rien d’autre. Ceci mettait en rage les shamanes « noirs » des environs, qui voyaient leurs affaires péricliter. Ils décidèrent donc de l’assassiner. Mais, en gens pratiques (!) ils décidèrent aussi de donner à ce meurtre un caractère publicitaire. Ils se réunirent non loin de la résidence de l’ermite et se mirent à émettre, nuit et jour, sans arrêt, des pensées de haine. Quelques jours plus tard, un visiteur trouva le saint mort, sans une trace de blessure sur le corps mais le visage bouleversé d’horreur… Ainsi fut prouvé la puissance des shamanes…

Qui peut devenir télépathe? En principe, n’importe qui. Cependant, en Asie centrale, on estime qu’il existe chez les humains trois groupes distincts: les « Dragons », les « Chauve-souris » et les « Hommes ». L’Occident -Américains et Russes surtout- ne distingue, si nos renseignements sont bons, que deux catégories de télépathes: les « moutons » et les « chèvres » mais nous ignorons à quoi correspondent ces expressions. Dan le Centre-Asie, le « dragon » est le télépathe émetteur; la « chauve-souris » le type réceptif et « l’homme » le télépathe complet: le plus rare. Dans la pratique, un télépathe complet est une personne dont l’envergure morale approche celle d’un François d’Assise, d’un Jean de la Croix ou d’un Ramakrishna. C’est dire qu’un tel individu ne se trouve pas souvent.

Bien entendu, il n’est pas dans vos intentions de vous dépersonnaliser totalement comme certains saints parviennent à le faire. De toute façon, la voie que vous suivez en ce moment n’est pas celle de la Bakthi, de la dévotion, de l’oubli total de soi-même. Toutefois, quelques essais dans la voie télépathique ne peuvent que vous être salutaires : si votre ego perd un peu de sa consistance, vous ne vous en trouverez que mieux. Votre ego n’est pas votre  » je  » véritable et si nous vous déconseillons de pousser l’expérience télépathique jusqu’a ses extrêmes limites, c’est simplement parce que le  » je  » tend, lui aussi à se dissoudre, comme ego – sauf le cas d’individualités tout à fait exceptionnelles.

En quoi consiste la voie télépathique ? Tout d’abord, à aimer les gens. Si vous n’aimez pas profondément autrui, vos  » ennemis  » compris, vous n’obtiendrez aucun résultat positif. Cette conception sentimentale de la télépathie vous semblera peut-être aberrante. Peut-être penserez -vous : aux USA, le professeur Rhine ne demande pas aux sujets de ses expériences télépathiques de se comporter conformément aux prescriptions du Sermon sur la Montagne. A cela nous répondrons : ce genre d’expériences a été fait des milliers de fois en Asie centrale et, effectivement, il est bien du domaine de la parapsychologie. Mais il n’a rien à voir avec la télépathie proprement dite. Il est plutôt apparenté à une forme de voyance.

L’homme ou la femme qui suit la voie télépathique cherche d’abord à ne plus s’identifier avec son ego et, pour cela il ou elle se livre à la pratique mentionnée dans la 5ème phase du dzog tchen : il situe son  » je  » en dehors de son individu corporel et pense à sa propre personne comme à un individu étranger  » il  » ou  » elle  » . Mais il va plus loin que l’adepte du dzog tchen. Il choisit un individu donné, parent, ami cher, et tente de s’identifier à lui par la pensée. Lorsqu’il est parvenu à situer son  » je  » en dehors de lui-même, il imagine que ce  » je « , changeant encore une fois de place, va s’installer, non pas derrière le crâne de l’ami choisi, mais devant son visage, à la hauteur de ses yeux. Dés lors, le télépathe en puissance, pensera littéralement  » pour  » l’autre. Regardant le visage de son ami, il pense :  » Je  » suis soucieux aujourd’hui. Pourquoi ?  » Et il cherche les raisons de  » ses  » soucis. Sans doute penserez-vous : le pauvre bougre est, tout simplement victime de l’autosuggestion ? Il fut un temps où nous pensions ainsi. Nous croyions, d’une part, que l’apprenti télépathe s’illusionnait. D’autre part que s’il obtenait des résultats positifs, ceux-ci étaient dûs à l’observation minutieuse et constante d’un visage connu, dont les expressions indiquaient les états d’âme. Si les  » exploits  » des télépathes se bornaient à connaître ce que pense un ami intime et présent, nous continuerions à penser ainsi. Mais, au bout d’un certain temps notre homme devient apte à ressentir les états d’âme puis à connaître les pensées précises de son ami lorsque celui-ci est hors de vue. Il semble bien, à ce moment-là, qu’une sorte d’osmose s’établit entre les deux individus. Du reste, elle est parfois complète lorsqu’il s’agit de deux apprentis télépathes s’exerçant ensemble.

Il y a mieux. Plus tard encore, notre homme s’habitue à changer de sujet. Il opère, avec le premier venu comme il avait fait précédemment avec son ami et finit par obtenir, là aussi, des résultats. A la limite, il n’a qu’a porter sa pensée vers un individu quelconque pour se trouver immédiatement,  » dans sa peau  » si l’on peut dire. Et même, très souvent, cette propension à capter la pensée d’autrui devient comme nous l’avons dit plus haut, tout à fait involontaire. Où qu’il aille, le télépathe vrai  » entend autour de lui des pensées bourdonnantes « . Les grands maîtres parviennent même à converser entre eux  » sans ouvrir la bouche et à une très grande distance « . Notons toutefois que certains d’entre-eux affirment que les pensées de la foule, agissant à la manière des parasites de radio, perturbent ces conversations. A notre avis – et en nous référant à des expériences faites devant nous – il semblerait que seuls des sujets d’ordre général puissent faire utilement l’objet de ces conversations de pensée à pensée. Si nous sommes dans le vrai, il y aurait là une sorte de confirmation des implications découlant de la théorie chinoise citée plus haut. Disons, pour terminer, que le télépathe accompli est réputé capable de quitter son corps volontairement, non seulement pour  » habiter la pensée d’autrui  » mais aussi pour  » voyager dans les airs sur l’aile du vent « .

Comme nous n’avons cessé de le répéter le centre Tchan ne s’intéresse à la parapsychologie que par nécessité. Le seul  » Pouvoir  » pour lequel nous sentons du respect est la télépathie. Cependant, même ce pouvoir, supérieur sur le plan moral, n’est pas notre Voie. Nous vous déconseillons donc de vous y consacrer entièrement. Mais il se peut aussi que cette Voie vous tente – ce qui serait, en somme, tout à votre honneur. Pour le cas où il en serait ainsi, nus vous donnerons, dans notre prochain texte, un programme complet de formation télépathique, s’étendant sur des mois et allant de l’ABC à la recherche du pouvoir de bilocation.

Que les Puissances bénéfiques soient avec vous.

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