HISTOIRE DU TCH’AN

Centre Tchan Association Du Chan Europe - Enseignement philosophique non religieux

Qu’est-ce que le Tch’an (ou Chan)

Voici le sinogramme 禪
Il s’écrit en transcription phonétique de plusieurs manières : Chan, Ch’an, Tchan, Tch’an. On lit aussi tch’an-na qui est la transcription phonétique du mot sanscrit dhyana. Tch’an est traduit habituellement en français par “méditation”.
D’après le récit traditionnel des origines de l’école de Tch’an, le Bouddha avait un enseignement ésotérique, qui fut transmis indépendamment des textes écrits. Il transmit cet enseignement personnellement à un de ses disciples, qui à son tour le communiqua à son propre disciple.
Cet enseignement passa ainsi de génération en génération jusqu’à ce qu’il parvînt à Bodhidharma, dont on dit qu’il fut le trente-huitième patriarche aux Indes.
Celui-ci vint en Chine entre 520 et 526 et il y devint le premier Tsou (patriarche, littéralement ancêtre) de l’école de Tch’an.

Le récit traditionnel des origines du tch’anisme

Bodhidharma transmit l’enseignement ésotérique à Houei-k’o (486-593), qui fut le second patriarche de Chine. La doctrine se trouva ainsi perpétuée jusqu’à ce qu’une scission importante survînt entre les principaux disciples du cinquième patriarche, Hong-jen (605-675). L’un d’eux, Chen-sieou (mort en 706) devint le fondateur de l’école du nord : l’autre, Houei-neng (638-713) fonda l’école du Sud. L’école du Sud supplanta bientôt celle du Nord en popularité, de sorte que Houei-neng fut finalement reconnu comme le sixième patriarche et le vrai successeur de Hong-jen. Tous les groupes influents postérieurs du tch’anisme remontent aux disciples de Houei-neng. On a beaucoup discuté jusqu’à quel point on pouvait ajouter foi à la première partie de ce récit traditionnel, car elle n’est appuyée par aucun document antérieur au XIème siècle. Nous ne nous proposons pas de faire ici un examen savant du problème. Qu’il suffise de dire qu’aucun spécialiste d’aujourd’hui ne prend très au sérieux ce récit. En effet, les fondements théoriques du tch’anisme furent posés en Chine par des hommes tels que Seng-tchao et Tao-cheng. Ces fondements établis, l’apparition du tch’anisme était à peu près inévitable, indépendamment de son fondateur le quasi légendaire Bodhidharma.

Un fait historique

La scission provoquée dans l’école de Tch’an par Chen-sieou et Houei-neng est un fait historique. Le désaccord entre les deux fondateurs de l’école du Nord et de l’école du Sud procède de la divergence de vues entre le sing tsong (école de l’Esprit universel) et le k’ong tsong (école du Vide). On peut le constater dans l’autobiographie de Houei-neng. Nous y apprenons que Houei-neng, originaire de la province actuelle du Kouang-tong, étudia le bouddhisme sous Hong-jen. Le récit raconte ensuite qu’un jour, Hong-jen, comprenant que son temps touchait à sa fin, convoqua trois de ses disciples et leur dit qu’il fallait maintenant lui désigner un successeur ; ce successeur serait le disciple qui pourrait écrire le meilleur poème résumant l’enseignement du tch’anisme.

Chen-sieou écrivit le poème suivant :
Le corps est comme l’arbre de bodhi,
Et l’esprit est comme un miroir clair.
Avec soin, nettoyons-le heure par heure,
Sinon la poussière tombera sur lui.

Pour réfuter cette idée, Houei-neng écrivit le poème suivant :
Foncièrement il n’y a pas d’arbre de bodhi,
Ni de miroir quelconque :
Puisqu’il n’y a foncièrement rien,
Sur quoi la poussière pourrait-elle tomber ?

Hong-jen, dit-on, approuva le poème de Houei-neng et nomma celui-ci son successeur et sixième patriarche.
Le poème de Chen-sieou met l’accent sur l’Esprit universel ou sur la nature-de-bouddha dont parlait Tao-cheng, tandis que celui de Houei-neng souligne le wou (non-être) de Seng-tchao.

Deux formules reviennent souvent dans le tch’anisme. L’une est : « L’esprit lui-même est le Bouddha ; l’autre : « non-esprit,non-Bouddha ». Le poème de Chen-sieou répond à la première formule, celui de Houei-neng, à la deuxième.

La règle des maîtres de Tch’an était de n’instruire leurs disciples que par contact personnel. Mais, pour ceux qui n’avaient pas l’occasion d’un tel contact, on recueillit par écrit les paroles des maîtres. Ces recueils sont connus sous le nom de yu-lou (recueils de conversations). Cet usage fut repris plus tard par les néo-confucianistes. Dans ces recueils, on lit souvent que, quand un disciple se risquait à poser une question sur un des principes fondamentaux du bouddhisme, son maître de Tch’an lui faisait une réponse qui n’avait absolument rien à faire avec le sujet. Le maître lui disait par exemple que le prix d’un certain légume était alors de trois centimes. Ces réponses semblent paradoxales à quiconque n’est pas familiarisé avec le but du tch’anisme. Ce but était simplement de faire comprendre au disciple qu’il n’existait pas de réponse à sa question. Cela compris, il avait déjà beaucoup compris.

Certains maîtres Tch’an utilisaient le silence pour exprimer l’idée de wou (vide). Par exemple, lorsque Houei-tchong (mort en 775) allait entamer une discussion avec un autre moine, il monta dans sa chaire et garda le silence. Alors l’autre moine lui dit : « Veuillez proposer votre thèse, afin que je puisse la discuter. » Houei-tchong répondit : « J’ai déjà proposé ma thèse. » Le moine demanda : «Quelle est-elle ? » Houei-tchong dit : « Je sais qu’elle est au-delà de votre intelligence », et, sur ces mots, il quitta la chaire. La thèse proposée par Houei-tchong était celle du silence. Puisque le Premier principe ou wou n’est pas une chose sur laquelle on puisse dire quoi que ce soit, la meilleure manière de l’exposer est de rester silencieux.
De ce point de vue, les Ecritures ou Sûtras n’ont aucun rapport réel avec le Premier principe. C’est pourquoi le maître de Tch’an Yi-hiuan (mort en 866), fondateur d’un groupe du tch’anisme connu sous le nom de l’école de Lin-tsi, dit : « Si vous voulez avoir la vraie intelligence, vous ne devez pas vous laisser tromper par d’autres. Vous devez tuer tout ce que vous rencontrez intérieurement ou extérieurement. Si vous rencontrez le Bouddha, tuez le Bouddha. Si vous rencontrez les patriarches, tuez les patriarches… Alors vous pourrez obtenir l’émancipation. (Recueil de paroles d’anciens hommes éminents, kiuan 4).
Bien entendu il ne s’agit pas d’un appel au meurtre : la propos est allégorique.

Le récit du “Centre Tch’an de Limoges” (1964 – 2006)

“Le mot chinois “Tch’an” signifie, très exactement,”méditation”. En tant que nom propre, il désigne une très ancienne école de pensée (en chinois: kia) qui apparut au VIème siècle de notre ère. Son fondateur fut l’Indien Bodhidarma. Elle se caractérisait par le fait que, bouddhiste, elle refusait de tenir Siddartha Gautama, le Bouddha historique, pour un fondateur de religion et voyait en lui l’inventeur d’une psychologie totalement libératrice. Cette attitude explique le fait, apparemment paradoxal, que les “adeptes” du Tch’an appartiennent à toutes les religions connues ou même n’ont aucune religion.
Beaucoup plus tard, une branche du Tch’an devait donner naissance au Zen japonais, assez différent à certains points de vue; fort proche, à d’autres, du Tch’an originel”.

Le Xi-Tch’an

“La place nous manque pour faire l’historique du Tch’an. Nous nous attacherons seulement à tracer, en quelques phrases, l’histoire d’une des principales “kias” (écoles) : celle dite du Xi-Tch’an (Tch’an de l’ouest de la Chine), la nôtre.
La première manifestation du Xi-Tch’an en tant qu’école indépendante remonte au IXème siècle.
D’après la tradition, un groupe de “tch’anistes” venus du sud et lassés des guerres perpétuelles dévastant cette région du Zhong Guo (la Chine proprement dite) vint s’établir dans le secteur qui devait devenir plus tard “l’ultime frontière” (Sin-Kiang) – actuellement: Région Autonome Ouigoure.
De tout temps, le Bouddhisme, surtout sous sa forme non religieuse, avait eu des affinités avec le Taoïsme philosophique de Lao Tseu et Tchouang Tseu, avec la vieille philosophie naturaliste du Tao, rivale (mais aussi complément) de la philosophie d’état de Kong Tseu, connu en Occident sous le nom de Confucius.
En particulier, le Tch’an et le Taoïsme avaient tant de points communs qu’il était bien difficile (et pas seulement pour le profane) de les distinguer l’un de l’autre. En ce qui concernait la pensée profonde et le but ultime, Rien ne les séparait. La seule et minime différence résidait dans le fait que le Tch’an insistait surtout sur la nécessité des exercices pratiques, alors que le Taoïsme portait un intérêt limité certes, mais réel à la théorie. Il se trouva donc que le groupe Tch’an qui s’installa dans l’Extrême-Ouest chinois entra en contact avec un groupe de “philosophes de Tao” et que les deux groupements, en quelques décennies, se fondirent en un seul, donnant naissance à la Xi-Kia (Ecole de l’Ouest) dite aussi “Xi-Tch’an”: Tch’an de l’Ouest.
Ses membres se groupèrent en “Fang zi kai”, expression signifiant “monastère ouvert” ou, plus précisément ”demeure ouverte”, les tch’anistes n’ayant jamais été des “moines” au sens occidental du terme. Rien de notable n’apparaît dans l’histoire du Tch’an de l’Ouest jusqu’au XXème siècle… L’École poursuivait avec succès son but qui était (et demeure) la création d’un type d’homme et de femme dit “humain véritable” (tchen jen, en chinois) ou encore “éveillé” ou “libéré” (terminologie bouddhiste).

Ce n’est qu’en 1964 qu’il fut décidé “d’essaimer” …

La Région autonome Ouigoure, ex-Sin-Kiang, est à l’heure actuelle, le Los Alamos et le Cap Kennedy de la Chine … Dès que les premières installations industrielles et les “combinats” gigantesques surgirent dans la Province, les dirigeants du Xi-Tch’an estimèrent que le moment était venu de rompre avec des habitudes millénaires et la dispersion des Fang zi kaï fut décidée. (Précisons que le Tch’an n’est pas “contre” l’industrialisation. Simplement, du fait de cette industrialisation, l’ancien mode de vie autarcique, devenait impossible)”.

Introduction du Tch’an de l’Ouest en Europe

“Un certain nombre de “Centres” se formèrent dans d’autres régions de Chine. La “maison mère” sous la direction du “premier instructeur” ou, pour employer un terme occidental “du grand maître de l’Ordre” (le mot chinois “Kia ” a la double signification “d’École” et “d’Ordre” au sens où l’Occident entend ce dernier mot) fut installée au Pamir. Ceux des adeptes ayant qualification d’instructeurs (tao-tö-jen) qui étaient de nationalité étrangère eurent le choix entre le retour dans leur pays d’origine et la prise de direction d’un Centre Tch’an dans un Etat d’Asie autre que la Chine. Il fut, à ce moment-là, tenté une expérience sans précédent: l’instructeur Jérôme Calmar, de nationalité française, se vit confier la mission d’ouvrir un Centre Tch’an dans son propre pays. Disons tout de suite la raison de cette décision : les Chinois cultivés de cette époque estimaient, pour diverses raisons, que les Français de cette époque, étaient, de beaucoup, ceux des Occidentaux dont la mentalité se rapprochait le plus de la leur. Les personnes de nationalité non-française mais parlant habituellement le français étant, dans cette optique, considérées comme françaises: pour les Chinois, la “race” n’existe pas. A l’instar de Napoléon 1er, ils considèrent que ce qui donne à une ethnie sa cohésion, c’est le langage commun, base de la culture. Le Tch’an chinois (avec, il est vrai, des apports tibétains), devait donc être plus facilement assimilable par des francophones que par tout autre groupe linguistique d’Occident.

Un premier enseignement par correspondance

L’expérience fut tentée dès 1965.
Ce qui peut paraître surprenant à qui ne connaît pas le Xi-Tch’an. est que l’enseignement Tch’an fut tenté par correspondance.
Il était cependant normal qu’il en fut ainsi. Non pas, comme on pourrait le croire, parce que cette méthode permettait d’entrer en contact avec un grand nombre d’adeptes, mais bien parce que, si étrange que cela puisse paraître, l’enseignement du Xi-Tch’an a été, depuis les origines, dispensé par un procédé bien proche de la méthode “par correspondance”.
Naguère, dans un Fang zi kaï (demeure ouverte) les choses se passaient ainsi : tous les membres de la communauté, sans une seule exception, aussi bien les instructeurs que les élèves, gagnaient leur vie par leur travail; un travail le plus souvent manuel et généralement agricole.
Une fois par mois en moyenne, ils se réunissaient le soir, et discutaient des problèmes de la communauté. Mais l’enseignement lui-même n’était pas abordé dans ces réunions. Simplement, une ou deux fois par mois, selon les conventions, chaque instructeur remettait à l’adepte qui dépendait de lui une feuille de papier sur laquelle étaient mentionnés les “exercices de formation de soi” recommandés pour la quinzaine ou le mois suivant. Les travaux “nourriciers”, travaux d’ordre pratique qu’il convenait d’effectuer étant, eux, mentionnés de vive voix comme dans toutes les communautés agricoles du monde. L’enseignement Tch’an par correspondance ne constituait donc pas, à proprement parler une véritable innovation.
Depuis les années 60, les résultats, pris dans leur ensemble, ont été très légèrement inférieurs à ce qu’ils furent au Sin-Kiang durant dix siècles. La raison de cet état de chose est facile à déceler: même si les francophones sont, par la mentalité, relativement proches des Han (des Chinois), la différence culturelle demeure cependant profonde. Bien des concepts, implicites pour un chinois, sont lettre morte pour un francophone.

Un second enseignement

Conscients de ce fait, les membres du conseil Tch’an décidèrent, après une étude approfondie de la femme et de l’homme “culturellement français” (étude qui dura sept ans) de charger six instructeurs de mettre au point et de proposer aux personnes susceptibles d’être intéressées, le “nouvel enseignement Tch’an”. Parmi les nombreuses techniques Tch’an, dites de libération ont été sélectionnées celles qui correspondent, point par point, au mode de pensée de la femme ou l’homme d’Occident et de culture française.“
Et c’est ainsi que de 1965 à 2006 : le Centre Tch’an de Limoges a fonctionné sans discontinuer ….